9 janvier 2009 : 2e table ronde
9 janvier 2009 : 2e table ronde

samedi 16 mai 2009




Table ronde

L'ACTION CULTURELLE
CINEMATOGRAPHIQUE ET AUDIOVISUELLE

UN ELEMENT ESSENTIEL
DE L'AMENAGEMENT CULTUREL DU TERRITOIRE






Introduction : une situation de crise…
budgétaire et de confiance



Antoine Leclerc

Je souhaiterais, pour commencer, vous communiquer un message de Jeanne Moreau qui ne peut être présente aujourd’hui, car elle prépare activement le festival Premiers Plans d'Angers, mais qui nous fait savoir qu'elle reste très attentive à ces questions.
Beaucoup de choses ont été dites depuis hier sur la question de l’aménagement culturel du territoire, c’est ce dont il s’agit lorsque nous parlons d’action culturelle cinéma-tographique et audiovisuelle. Nous avons notamment mis en avant la diversité des lieux de cette action culturelle : salles de cinéma, médiathèques, festivals, hôpitaux, prisons, ateliers, etc.
La semaine prochaine, le Président de la République se prononcera sur la culture. Parmi les questions qui se posent, il y a notamment celle de l’articulation entre l’intervention de l’Etat et celle des collectivités territoriales au sujet de la culture cinématographique.

Le point de départ de cette mobilisation – qui est passée d'une phase de réaction en début d’année dernière à une phase de construction et d'échange depuis – est une fragilisation des moyens alloués par l'Etat à la culture cinématographique, notamment par le biais des DRAC, fragilisation qui a eu un impact important sur tous les territoires. Impact peut-être un plus fort sur les territoires excentrés, ruraux ou en périphérie urbaine. Et inévitablement, cette situation conduit à reposer la question du lien entre l’Etat et les collectivités.
D'ailleurs, le rapport Auclaire que nous avons longuement cité hier et contesté sur certains points, pointe, dans sa première partie, une certaine rupture de confiance qu'il serait urgent d’essayer de résorber.


Rupture de confiance entre Etat et acteurs de terrain, mais également rupture entre Etat et collectivités territoriales. Nous espérons que l’hémorragie des crédits culture va être stoppée. Mais il n'y a pas que les crédits culture qui sont concernés, il y a aussi les crédits jeunesse et sport, dans le cadre des politiques de la Ville, qui affectent, par leur baisse, le bon déroulement d'un certain nombre d'actions.
Alors, nous aimerions, Dominique Paillé, que, par votre intermédiaire, ce message relatif à la multiplicité des sources de financement de la culture soit porté au Président de la République dans la perspective de sa prochaine intervention.

Autre point qu’il est important de soulever : l’éventuelle remise en cause de la clause de compétence générale des collectivités territoriales. Cette clause octroie la capacité aux collectivités d’intervenir dans des champs qui dépassent leur champ régalien obligatoire. Dans ces champs non obligatoires, il y a la culture, et nous souhaiterions que, dans ce domaine, cette compétence soit maintenue dans le cadre de la réforme qui se profile pour les différents échelons des collectivités territoriales.

Enfin, une autre actualité brûlante sera débattue au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en mars prochain – dans le prolongement de ces journées d’échange. Il s’agit du bénévolat. Nous appelons les politiques au sens très large à une vaste réflexion sur la question du bénévolat car il y a, à travers les différentes actions de l'Urssaf, et notamment pour le festival de Clermont-Ferrand, de vrais dangers pour la vie culturelle et la vie associative en général. Merci.

Le champ d'intervention des collectivités
et la clause de compétence générale



Aline Pailler


Vincent Eblé, vous battez-vous pour conserver cette clause de compétence générale ? Est-elle véritablement menacée ?

Vincent Eblé


Actions des Régions et des Départements


Oui, la clause est menacée, c’est une question centrale. Mais avant de l’examiner, il nous faut prendre quelques instants pour constater ensemble la place des collectivités territoriales dans les questions culturelles en général, et singulièrement dans les dynamiques culturelles autour de l’art cinématographique.

L’importance de l’action des Régions n'est plus à démontrer, en particulier dans le domaine de la production. Mais, il est nécessaire de rappeler que les Départements sont également présents dans tous les champs cinématographiques, et peut-être plus particulièrement dans la création : courts métrages, cinéma d'animation, documentaires… Je pense notamment à l’intérêt du film documentaire dans la promotion du territoire et des identités régionales. De plus, nous savons bien que les auteurs de courts et de moyens métrages sont les créateurs de demain. Mais, loin de se limiter à cet accompagnement de l’économie du cinéma à travers la production, les collectivités territoriales interviennent aussi dans le champ de l'éducation à l'image et dans celui du soutien aux réseaux de diffusion et aux salles.

Sur l’éducation à l’image, le rapport Auclaire le souligne clairement. Qu’il s’agisse de Collège au cinéma pour les Départements, de Lycéens et apprentis au cinéma pour les Régions – et je n’oublie pas Ecole et cinéma – le rôle des collectivités territoriales est déterminant voire prépondérant par rapport au rôle que joue l'Etat, et va se renforçant : les Départements consacrent environ 3.500.000 euros par an, soit presque 65% du financement du dispositif Collège au cinéma, le solde est assuré par l’Etat ; et, aujourd'hui, 90 départements participent au dispositif, soit, pour l’année 2004-2005, 500.000 collégiens qui ont assisté à 8.500 séances dans plus de 1.000 salles, assurant ainsi une fréquentation supplémentaire pour le secteur du cinéma de 1.270.000 entrées au cours d’une seule année scolaire. Je ne crois pas que les chiffres aient eu tendance à baisser ces quatre dernières années.

A cela, il faut ajouter l'importance des ateliers de pratique cinématographique et la formation complémentaire des enseignants – parfois même en lieu et place de celle que devrait leur assurer l'Education nationale dans une bonne répartition des rôles. Voilà une forme d'illustration de la question centrale de la répartition des rôles entre l'Etat et les collectivités…

Les enjeux de la clause de compétence générale


… Aujourd'hui, nous sommes devant une réforme qui s’annonce, encore en phase de gestation, menée par une commission ad hoc, présidée par Edouard Balladur, qui tend à réviser l’organisation territoriale, la répartition des rôles entre collectivités. On nous parle de la superposition, du millefeuille territorial, en prétendant qu’il s’agit là d’une spécificité française que de cumuler ainsi quatre niveaux de collectivités – le communal, l’intercommunal, le départe-mental et le régional. Mais cette particularité n’en est pas une puisqu’on retrouve la même organisation chez nos grands partenaires européens. Et la question de la répartition des compétences et des moyens se pose dans les mêmes termes. En revanche, la véritable spécificité française est le morcellement extrême des collectivités de base – les communes – et c’est pourquoi nous avons fait émerger l'échelon de coopération intercommunale, qui aujourd’hui ne couvre pas encore l'intégralité du territoire, et particulièrement en région Ile-de-France.

La remise en cause de la clause de compétence générale – clause qui vaut pour chacun des échelons à l’exception de l’intercommunalité – impliquerait la nécessaire spéciali-sation des collectivités autour de compétences qui seraient définies par la loi. Or, cette clause permet aujourd’hui aux collectivités d’agir précisément de façon volontaire, libre et coordonnée entre elles si elles le souhaitent. C'est donc cette clause qui permet aux collectivités d'agir de façon cumulative dans un certain nombre de champs et particulièrement le champ de l’action culturelle. Par exemple, dans le domaine social, les Départements n’ont pas de véritable compétence en matière de RMI, puisque nous ne décidons pas du montant ni des conditions d’octroi. Nous ne sommes que des opérateurs. La compétence est contrainte.

Cette logique conduirait à réduire chaque collectivité à n’être qu’une agence opérationnelle pour le compte de politiques définies nationalement, donc sans autonomie, ce qui aboutirait en outre à réduire le champ culturel à de simples considérations d’équilibre économique.

Dominique Paillé

Je souhaite rappeler deux choses. Premièrement, la réforme, pour l'heure, n'est pas entièrement définie dans ses contours. Il y a, pour l'instant, un groupe de réflexion, présidé par Edouard Balladur, dans lequel l'opposition est présente à travers les personnes de Pierre Mauroy et André Vallini. Donc je pense qu'il y a moyen de se faire entendre. Deuxièmement, c'est un vrai sujet que celui de l'avenir de la clause de compétence générale parce qu’il concerne effectivement le financement de la culture. Et il faut aborder ce sujet avec des solutions à proposer.

Si la clause de compétence générale, à l'issue des travaux de la commission Balladur et du vote éventuel d’une loi, est supprimée, il faut avoir déjà envisagé des possibilités d'action pour éviter que la décision soit dommageable à la culture. Je me résume : rien n'est acté, le débat est juste ouvert. Une solution alternative doit être envisagée pour la culture, maintenir une exception, comme cela l’a toujours été et y compris au niveau européen. Pas d'affolement, soyons sereins.
Aujourd'hui, vous, les acteurs culturels, n'êtes pas traités de la même manière par les Régions ni par les Départements sur l'ensemble du territoire. Ne faudrait-il pas saisir l'occasion de cette réforme – que le Président de la République a mise sur le métier et dont nous ne savons absolument pas sur quoi elle va déboucher en terme de contenu – pour veiller à ce que vos professions fassent des propositions très claires ? Et de faire en sorte que soit permise une homogénéité des interventions sur le territoire au niveau des collectivités locales ?

Donc, si vous ne voulez pas de suppression de la clause de compétence générale, revendiquez une exception pour la culture, mais demandez dans le même temps aux collectivités d'agir de façon homogène sur le territoire, avec un peu plus d’équité. Au lieu d’avoir peur d’une réforme, il faut la précéder.

Aline Pailler

Il y a actuellement une dissymétrie entre les constats qui sont faits et qui sont partagés et les solutions qui leur sont apportées et qui les contredisent totalement. La crise de confiance est là. Nous ne pouvons plus travailler en confiance puisqu’au bout des concertations, la décision finale qui est prise vient annuler tout le travail réalisé en amont. Ces personnes se sont mobilisées depuis un an, en plus de leur travail et de leurs difficultés. Et sont toujours plus nombreuses…

Dominique Paillé

Venons-en au rapport Auclaire. Ce rapport contient nombre de propositions qui sont extrêmement intéressantes. Il a retenu toute notre attention et, si vous en êtes d’accord sur le contenu, nous allons essayer d’en donner des suites positives. Sachez qu'à partir de 2009, un effort budgétaire est fait dans votre direction. Notamment par rapport à la situation de 2008 dont je constate l’ampleur avec vous. Nous allons entrer dans une voie de réformes sur la base des propositions du rapport Auclaire. Mais, évidemment, si elles ne vous conviennent pas, cela va nous compliquer la tâche. Je vous propose donc d’en discuter directement avec monsieur Auclaire.


Réactions dans la salle
(Interventions territoriales, clause de compétence générale)



Stéphane Brizé

Je vais témoigner de mon expérience. Je monte actuellement mon quatrième long-métrage. Depuis mes débuts, je travaille avec des petits budgets. Je n'ai jamais obtenu aucun préachat d’une télévision hertzienne, mais tous ces films se sont faits grâce à l'intervention des Régions, sans lesquelles je ne ferais pas de film. Leurs aides représentent une part importante du financement de mes films. Sur le dernier film, il a fallu trouver un coproducteur car les budgets augmentent tout de même peu à peu au gré des films. Or, le type de film que je fais peut ne pas se faire à 200 ou 300.000 euros près. Ca représente environ 10% du budget.

Les grosses manifestations, elles, existeront toujours. Certainement parce que, localement, elles rapportent de l’argent aux commerces etc. Par contre, les actions moins visibles sont menacées : les actions très concrètes comme le cinéma à l'école, le cinéma en prison etc. qui ne peuvent pas être quantifiées, évaluées par un chiffre. Certaines ont disparu, d’autres vont continuer tant bien que mal à faire des choses. Évidemment, le bénéfice d’un enfant que nous éveillons à la culture, ce n'est pas quantifiable, par contre les dégâts de l’ignorance le sont : la violence que ça engendre plus tard… Et la disparition de ces budgets favorise l'inculture et la méfiance.

Les associations créent du lien social, comme un maillage, c’est un filet. Alors, pourquoi les représentants politiques ont-ils autant l’envie de casser quelque chose qui fonctionne ? Sur tous les fronts, ce n'est que réduction de budgets, disparition d'aides... Il ne s'agit pas là de défendre des intérêts catégoriels. Nous parlons ici de circulation d'émotions, de circulation des idées, de la pensée. Les sommes ne sont pourtant pas si élevées que ça : nous parlions de 5 millions d’euros, mais qu’est-ce que c’est que 5 millions d’euros ? Le problème n'est pas un problème d'argent, mais un problème idéologique. Et je me pose la question pour terminer : ça dérange qui que la pensée circule ?

Stéphane Brizé est réalisateur

Catherine Cavelier

Nos trois axes de travail, au Cinématographe à Nantes, sont : 1) tenir un cinéma, 2) mission du Conseil général de Loire-Atlantique pour animer un réseau de trente-huit salles associatives, 3) éducation à l’image avec la coordination des dispositifs Ecole et Collège au cinéma.
La première chose qui m'inquiète est d’apprendre que le rapport Auclaire risque de servir de base et d’acquis. C’est inquiétant car tout ce qui a été discuté ce matin, par les acteurs de l’action culturelle, n’aura pas été entendu cet après-midi, les personnes présentes cet après midi ne l’ont pas entendu.

Rappelons que la prise en charge de l’éducation artistique dépend de l'Etat et non des collectivités territoriales ! Si les postes disparaissent dans ce domaine, c’est l’Etat qui en est responsable. La question qui se pose est comment pouvons-nous encore maintenir les postes dans nos structures ?
Je trouve choquant que dans son intervention, Dominique Paillé, trouve une solution en laissant le soin aux collectivités territoriales de se mettre d'accord. Etonnant que de demander l’unanimité des politiques pour pouvoir avancer. Preuve d’une méconnaissance du terrain.
Il faut encore insister sur l’urgence à redéfinir l'action culturelle, comme les acteurs l’ont fait hier. C’est le cœur du problème. Aujourd’hui, je ne me suis pas reconnue dans les discours politiques qui ont été tenus.

Catherine Cavelier est exploitante au Cinématographe à Nantes (Ciné-Nantes)

Bernard Legendre

Premier écho à ce qu’a dit Stéphane Brizé : nous ne pouvons pas conserver notre indignation intacte sans porter le diagnostic jusqu'à son terme, il faut savoir où nous conduisent un certain nombre de politiques. Elles ne sont pas conduites d’une façon irresponsable, mais avec un arrière-plan idéologique. Et il faut les dénoncer. Ce qui nous est proposé est de résoudre pour solde de tout compte la culture dans une économie libérale. Et effectivement, ce n'est plus de la culture, mais simplement de la marchandisation.

Je voudrais aussi faire écho à ce que disait Dominique Paillé. Il a dit qu’il y avait un traitement différencié, de la part des collectivités, entre les territoires et que c’était une situation inéquitable envers les sollicitations du monde culturel. Or, le rapport Auclaire indique, dans son diagnos-tic, que l'Etat aussi agit de façon différenciée selon les territoires, et qu’il conviendrait d’harmoniser progres-sivement les contributions des Régions et de l’Etat en matière de dispositifs d’éducation à l’image. « Le crédit affecté à Lycéens et apprentis au cinéma par la Région Nord-Pas-de-Calais est de plus du double de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, mais la proportion est exactement inverse pour les crédits inscrits pour cette action par les DRAC ». D’une certaine façon, cumulées, les aides sont équivalentes.

L’objectif d’une uniformisation, d’un encadrement réglementé de l’action des collectivités doit-il être fixé ? Je n’en suis pas sûr. Il faut laisser la diversité du territoire s’exprimer. Le fonctionnement démocratique du système électif suffit à garantir que les collectivités répondront au mieux aux intérêts des uns et des autres. Les élus ont la fonction d’arbitrer en fonction des réalités du territoire. Gouverner c’est choisir. Je mise aujourd’hui sur le cinéma, je miserai demain sur les arts plastiques, etc. Les territoires ont des problématiques différentes.
Je ne vois pas pourquoi il faudrait craindre la libre administration par les collectivités territoriales, cela me paraît être le prix de la démocratie. Et l'exception, il ne faut pas la revendiquer seulement dans le domaine culturel. La clause de compétence générale est bonne en toutes choses.

Bernard Legendre représente Francis Parny, vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France, chargé de la culture



Le rapport Auclaire




Frédéric Borgia

Le rapport Auclaire me donne l'impression que ce n’est pas la même personne qui a écrit les constats puis les perspectives. A la lecture, il me revenait un souvenir d’un dialogue entre Serge Daney et Jean-Marie Straub Ce dernier se plaignait de rencontrer des soi-disant amis dans les festivals qui lui disaient : « Ah ! Jean-Marie, c'est vraiment bien que des gens comme toi continuent à exister ! » ... phrase à laquelle Serge Daney proposait de répondre : « Oui merci, je sais que je ne peux absolument pas compter sur toi ! » Ce rapport Auclaire est assez schizophrénique. Dans le diagnostic, on se dit que c'est quand même bien que l'action culturelle puisse exister, et puis, au fur et à mesure de la lecture, on finit par penser qu’on ne va finalement pas pouvoir compter sur ça…
Objectifs : clarifier la politique de soutien à l'action culturelle


François Hurard


Alain Auclaire a été choisi pour deux raisons : d’une part, il connaît bien le secteur du cinéma, le domaine de l’action culturelle, et d’autre part, il connaît parfaitement la mécanique du ministère de la Culture.

Les crédits de l'Etat en faveur du cinéma sont en augmentation constante depuis deux ans. Et cette augmentation porte notamment sur la diversité de la création : les aides aux auteurs que nous avons réévaluées de 40% en deux ans. Pour l’essentiel, l'augmentation du compte de soutien a été orientée vers les aides sélectives, c'est-à-dire de l'avance sur recettes, des aides à l'écriture jusqu'aux aides aux distributeurs indépendants. La mesure la plus récente est celle qui concerne les SOFICA – Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et audiovisuelle, dispositif fiscal qui a été reconduit pour trois ans, qui permet aux particuliers d'investir dans la production cinématographique. Nous avons décidé d'en affecter 70 % à la production indépendante, ce qui ne s’était jamais vu auparavant.

L'an dernier, les contraintes budgétaires, qui ont provoqué la création du Blac, ont également amené une prise de conscience, au sein du ministère, d'un manque de lisibilité du dispositif de l’action culturelle. En effet, les crédits affectés par les DRAC à l’action culturelle sont gérés localement, ce qui rend complexe la connaissance de leur utilisation. Par exemple, Alain Auclaire a eu du mal à reconstituer certains budgets. Les crédits étaient éclatés entre différentes enveloppes avec beaucoup d’absurdité. Il faut le dire clairement : des crédits pour la création qui vont à la diffusion et inversement. Dans un souci d’efficacité, cette situation mérite d’être clarifiée.

Les propositions du rapport relatives au ministère de la Culture, à la gestion de sa politique, sont parfaitement claires et appellent à des réorientations. Le constat forme une base de dialogue. Et il y a vingt-deux propositions à partir desquelles il va falloir construire le débat. J'ai déjà pris contact avec certains des responsables du Blac pour nous réunir les prochaines semaines. Il y a un horizon d’étape bien désigné : c’est la rentrée 2009 pour les actions d’éducation à l’image. Alain Auclaire fixe des objectifs, dresse un bilan qui n’existait pas jusqu’alors. Il y a dans ce rapport une véritable vision des trois dispositifs, des responsabilités de chacun. Beaucoup d’acteurs sont concernés, l’édifice est précieux, s’est consolidé dans le temps mais mérite aussi sans doute d’être modernisé. L’équipement numérique des salles impactera également l’organisation des dispositifs.

Il y a une cohérence de l’intervention de l'Etat. Bien entendu, la diffusion en fait partie. Ces dernières années, dans les rapports avec les collectivités territoriales, il y a eu un effort financier très important en faveur de la production notamment avec le dispositif « 1 euro pour 2 euros ». 15 millions d'euros en cinq ans (c’était zéro en 2003). Par contre, nous n’avons pas encore suffisamment défini dans les conventions Etat-Région, la suite logique de tout cela : quand on produit des films au niveau local, lorsque l’on régionalise l'avance sur recettes, il faut par ailleurs aussi aider la diffusion de cette production. Nous ferions un grand pas en instaurant un dispositif qui irait de la création à la diffusion.

Antoine Leclerc

Avant de faire la synthèse des échanges de la journée d’hier, je voudrais rappeler que personne n'a remis en doute le fait que, via le CNC notamment, il y ait un travail d'accompagnement. Mais, je ne voudrais pas que soient oubliées les autres sources de financement menacées dont nous avons parlé tout à l'heure. Le MAE – ministère des Affaires étrangères – a été évoqué à plusieurs reprises : à propos de la fin des aides aux cinématographies peu diffusées, doublée d'un abandon du MAE des festivals qui travaillent sur ce type de diffusion. Et c'est aussi valable pour les politiques de l'éducation à l'image. Ces réalités doivent être prises en compte dans la future concertation.

Sur le rapport Auclaire, nous avons déjà évoqué sa schizophrénie. Mais ce phénomène dépasse le rapport : c’est la même année, 2008, qu’est annoncée d’une part l'ambition d'un doublement des effectifs dans l'éducation à l’image, et d’autre part l’affaiblissement comme jamais aussi brutalement du champ formé par ceux qui assurent le relais de l'éducation à l'image. Reconnaissons-là un petit décalage.

Cela dit, le constat positif du rapport est intéressant : la diversité d’acteurs, le fait que ça marche plutôt bien... Et le fait que vous actiez ici qu'il y a bien une rupture de confiance et une baisse de crédits importante. C'est déjà une façon de solder 2008 et de repartir de manière constructive pour la suite. Parmi les propositions qui ne font pas débat, nous pourrions ranger les « vœux pieux » – l’organisation d’une journée nationale etc. – ainsi qu’une proposition qui, bien que strictement budgétaire, nous intéresse à l'unanimité : le retour à la base des crédits de 2007, et le maintien des efforts du CNC de 2008.

Après, il y a des choses qui font débat et notamment sur le champ de l'éducation à l'image : le rôle de l'ADRC par exemple. Et puis, il y a d'autres propositions qui nous inquiètent : celle qui parle d'un amoindrissement du rôle des prescripteurs, ou encore celle du nombre et du choix des films des dispositifs…

Alain Auclaire

Voir aussi l'atelier de la veille "Le rapport Auclaire, analyse critique"

Quelques mots sur l'élaboration du rapport, et sur les conditions dans lesquelles, me semble-t-il, il peut se lire. Premièrement, c’est un rapport que j’ai fait seul. J'ai répondu à une lettre de mission – qui est en annexe du rapport – qui est à la fois claire et très ambitieuse. Je me suis rendu compte assez rapidement qu'il y avait un certain nombre de sujets que j'étais mal placé pour traiter. Ce qui fait que, par exemple, je n'ai pas du tout abordé la question des espaces multimédia, parce que j’estimais que je manquais d’éléments pour le faire, que je n’étais pas compétent pour cela. Et j’ai donc préféré concentrer mon travail sur des sujets pour lesquels j’avais les moyens de la réflexion. Il y a un certain nombre d’organismes, de programmes sur lesquels j'ai été amené à ne pas me prononcer parce que, encore une fois, j’estime que je n’avais pas la capacité de proposer quelque chose qui aurait été à la hauteur de la demande qui m’était faite.

Deuxièmement, je me suis rendu compte que cette mission, que j'avais acceptée de grand cœur était un pari extrêmement risqué de par sa complexité exceptionnelle. En effet, il m’a fallu croiser les questions de culture, d’éducation, d’économie, de marché, de réglementation, de fonctionnement des services de l’Etat (déconcentration et décentralisation), de la nouvelle réglementation budgétaire (la LOLF ), etc. Tout ceci m’a contraint à circonscrire ma réflexion en-deçà de ce que la lettre de mission me demandait.

Troisièmement, j’ai voulu qu'il y ait un constat sur l’économie de l’action culturelle. Non pas pour en faire le procès, mais, d’une part, parce qu’il m'était demandé un état des lieux, et d’autre part, parce qu'il me semblait nécessaire de prendre position sur la question du rapport de l'action culturelle avec le marché du cinéma. Toute la politique du cinéma depuis la création du CNC repose sur cette ambigüité : marché / action culturelle, créa-tion / commerce et ainsi de suite. Et on entend depuis assez longtemps certains se poser des questions sur la pertinence d'un soutien à la culture de la part du CNC ou encore sur les conditions dans lesquelles l'Etat aide le cinéma à travers le compte de soutien. Sans entrer dans le fond du débat, ma position a été de dire que toute dichotomie, toute contradiction posée a priori entre le fonctionnement global du secteur cinématographique et le fonctionnement particulier de l’action culturelle est une fausse piste, que je rejette de manière constante. C'est dans cet esprit que j'ai produit un certain nombre de développements dans la première partie en insistant particulièrement sur des constats : par exemple sur l'évolution du public qui me paraît poser des problèmes de fond absolument nouveaux, à la fois sur la transformation des modes de consommation des publics et sur la transformation démographique des publics, et sur les conclusions qu'il fallait en tirer en matière d’action culturelle.

Quatrièmement, il me restait à faire des propositions. Je ne pensais pas avoir été schizophrène, j'avais plutôt le sentiment d'avoir été assez cohérent, entre l'analyse du début et les propositions de la fin. En revanche, il est vrai que je reste très dubitatif. Ce que j'ai souhaité faire, c'est apporter une contribution à la réflexion de l'administration mais je n'ai pas exprimé le point de vue du CNC ni celui du ministère ! J’ai exprimé le mien. Je souhaitais également apporter une contribution à la réflexion des professionnels.

Naturellement, je sais qu'il y a un certain nombre de points, comme celui qui a été cité par Antoine Leclerc concernant le choix des films dans les dispositifs, qui ne peuvent pas ne pas poser problème. Mais je ne pensais pas ne pas pouvoir aborder cette question alors même que la politique annoncée par Madame la ministre de la Culture consistait, quel que soit le quantum de l'effort, à donner une priorité à l'éducation des enfants au cinéma et à fixer des objectifs extrêmement ambitieux. Or, si nous nous donnons des objectifs ambitieux, il faut les resituer de façon globale et voir de quelle manière nous pouvons les traiter : est-ce que nous pouvons les traiter uniquement par un gonflement des dispositifs existants ou est-ce qu'il faut essayer de voir s'il n'y a pas d'autres moyens de le faire… Ces propositions sont donc des objets de discussion et de débat, je ne les concevais pas, bien entendu, comme des réponses définitives. Il me paraissait utile que la question de l'ouverture et de la porosité des systèmes soit posée.

Par ailleurs, il y a un certain nombre de propositions qui peuvent paraître symboliques, comme par exemple la dernière, l'organisation d'un colloque national sur l'éducation au cinéma. Mais, il m’est apparu utile, à l’occasion d’un moment historique, qu’il y ait débat avec l'ensemble des acteurs : que ce soient des artistes, des techniciens, des économistes, des administratifs ou des juristes.

Enfin, il y a d’autres partenaires qui ne sont pas présents, le ministère de l'Education nationale par exemple, d’abord l’administration du ministère – car nous ne savons pas très bien dans ce domaine quelle est sa priorité – et le corps enseignant. Or, nous avons besoin de les entendre eux aussi pour faire avancer les choses.

Discussion sur l'éducation artistique : ouverture des catalogues et hors temps scolaire


Jean-Pierre Daniel

Hier, notre réunion s’est terminée par l’expression d’une certaine colère et du besoin d’une prise de conscience de la gravité de la situation. Dans la description de l’action culturelle que vous donnez, vous oubliez que nous – les acteurs de terrain – ne sommes pas unis : il y a des divisions entre nous. Et nous savons que nous avons à nous battre contre ces divisions. Je considère par exemple que la non adhésion au Blac de l'AFCAE – Association française des cinémas d’art et d’essai – est tout à fait dommageable.

Certains revendiquent que la logique du marché domine l'action culturelle. Vous dites, monsieur Auclaire, qu’il n’existe qu’un seul marché, qu’il ne faut pas séparer l’économique et le culturel, que vous ne voulez pas de cette dichotomie, que vous luttez contre, c’est pourtant un point essentiel qui ne va pas de soi. La vraie question, au sujet des fonds de soutien, n’est pas celle des pourcentages, des clés de répartition entre l’aide automatique et l’aide sélective, des aménagements techniques mais plutôt celle de son sens originel à retrouver, qui a été de permettre une régulation sous le contrôle de l’Etat des logiques marchandes. Donc oui la logique marchande est au cœur de notre débat et le titre de votre rapport qu’un certain nombre d'entre nous ont pris comme du mépris : le cinéma est par ailleurs un divertissement nous y ramène.

Selon vous, nous aurions donc besoin qu'on nous rappelle que le cinéma est un divertissement dans la mesure où notre travail serait, en quelque sorte, un processus qui ne serait pas conscient du plaisir qu'il y a à rencontrer des œuvres d'art et représenterait ainsi un frein à l’industrie du loisir cinématographique !

Sur la question des programmes des dispositifs et de l'ouverture des catalogues, ce que vous suggérez c’est bel et bien de transformer ces dispositifs en simples « offres » culturelles. Pour qu'il y ait plus d'enseignants et donc plus d’élèves spectateurs, vous proposez de rendre moins « difficiles » les catalogues. Mais c'est absolument ça la logique marchande : c'est effectivement de réduire l'action culturelle à un marché basé sur l’offre et la demande. Et on est en train, progressivement, par des réformes – y compris par des réformes qui sont censées aller dans le sens de l’action culturelle comme celle de l’art et essai, de favoriser cette intégration.

L’action culturelle donne du sens à l’intervention publique, à l’utilisation des fonds publics, tel que le soutien à la création artistique. Or, c’est cette création – et la rencontre de cette création avec le public – qui est au cœur de l'action culturelle. Ceci n'est pas au centre de votre rapport, ce qui ne vous permet pas d’établir un état des lieux satisfaisant et de savoir qui, aujourd'hui dans ce pays, porte cette relation-là à la création artistique, dans une action non marchande.

Alain Auclaire

D'abord une réponse sur le titre : c'est une sorte de clin d'œil qu’il ne faut pas prendre excessivement au sérieux. Nous avons tous entendu citer cette phrase d'André Malraux : « Par ailleurs le cinéma est une industrie ». Mais j’ai aussi entendu qu’elle devenait, citée par d’autres, totalement inversée : « Par ailleurs le cinéma est un art » ! C’est par antiphrase que je me suis donc amusé à fabriquer cette formule, en hommage à André Malraux. Il se trouve que je travaille également dans le cadre du comité d’histoire de la culture sur les débuts de la politique culturelle cinématographique, ça rejoignait donc des centres d’intérêt personnels. J’ai voulu rappeler que le cinéma est d’abord un art, et qu’éventuellement il est aussi un divertissement. Ne prenez donc pas ce titre comme autre chose qu’une boutade.

Sur le deuxième point, je ne mets pas en cause les catalogues. Ce que je mets en cause – parce que ça m’est souvent revenu au cours des entretiens que j’ai menés – c'est qu'un certain nombre d'acteurs de terrain ne sont plus, aujourd'hui, « outillés » pour parler, traiter, soutenir les films qui sont dans les catalogues. Du coup, un certain nombre d'actions ne se font pas.

Je ne sais pas si tout le monde est conscient de la vulnérabilité extrême des programmes d’éducation au cinéma à l’école. Il y a plus de cent programmes d’animation scolaires disponibles toutes disciplines confondues, toutes les administrations en proposent, tous sur des sujets passionnants, tous sur des thèmes tout aussi légitimes que le cinéma. Dans cette situation, l’idée de vouloir élargir les catalogues est une sorte de défi. Ce n’est pas seulement un défi politique mais un défi intellectuel. Si l'on veut multiplier par deux le nombre d'élèves atteints par les dispositifs, peut-on y parvenir sans rien changer aux catalogues, sans toucher aux structures ? Moi je dis dans le rapport qu’en l’état actuel des choses : probablement pas. Quand des objectifs sont fixés, il faut se donner les moyens de les atteindre. Si vous réussissez à démontrer que c’est possible sans rien changer par ailleurs, alors c’est très bien ! Car je trouve que l’action qui est faite à travers ces trois dispositifs est remarquable et exemplaire d’une action culturelle en profondeur. Mais peut-être que des adaptations sont nécessaires pour multiplier par deux les effectifs.

Geneviève Troussier

Je voudrais revenir sur l’ouverture des catalogues. Si doubler les effectifs dans les dispositifs scolaires implique un renoncement au qualitatif, alors je n'ai plus du tout envie de continuer à m’en occuper au titre de la coordination départementale. Je pense en effet que nous ne pouvons pas renoncer à la qualité de ces dispositifs simplement pour atteindre plus d'enfants. Ce serait aller contre le sens même de ces dispositifs avec un retour vers le formatage des enfants, en les condamnant de nouveau à ne regarder qu'un seul type d'images.

Je suis très préoccupée par ce slogan de madame Albanel : « doublons les effectifs ». Nous les acteurs de terrain, nous savons à quelles difficultés nous allons nous heurter, notamment au problème de la formation des enseignants et donc aussi à celui de l’ouverture des catalogues. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas mener en parallèle une réflexion permanente sur les choix des catalogues. Mais, en déclarant sans plus attendre qu’il faut les ouvrir, on veut dire par là, un peu à l’image du titre du rapport – qui est pour moi une véritable agression, un procès d’intention implicite d’une certaine conception de l’action culturelle – qu’en l’état actuel des choses, nous sommes enfermés dans une sélection de titres qui n’est pas la bonne.

François Campana

Je m’occupe du dispositif Passeurs d’images qui existe depuis 1991, d’abord nommé Un été au ciné puis Cinéville, qui se déroule dans vingt-six régions de France. Nous ne sommes pas financés uniquement par le CNC, mais aussi par : l'Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, le ministère de la Justice, le ministère de la Santé, le ministère de la Jeunesse et des sports. Et par beaucoup de collectivités qui financent le hors temps scolaire, qui parait sonner comme un gros mot ici.

Une des choses que je vous reproche, monsieur Auclaire, c'est de résumer l'éducation à l'image, l’éducation artistique ou l’agitation cinématographique comme on l’a nommée hier – un terme qui me plait assez – à la simple relation avec l'Education nationale. Tous les films que nous avons vus ce matin ont été réalisés en lien avec Passeurs d’images. Il me semble que tout le monde sera d’accord pour dire qu’ils participent d’un processus « d'éducation à l'image ». Je fais ce travail depuis dix-sept ans et, dans votre rapport, vous ne nous étudiez pas, car vous dites qu’il ne s’agit que d’une action sociale. Cela me rend perplexe. Oui, ce que nous faisons est une action sociale, mais c'est aussi une action culturelle, une action cinématographique. Au passage : nous rémunérons les réalisateurs qui viennent présenter leurs films ou encadrer des ateliers (dont de nombreux intermittents), les distributeurs à qui nous louons les films et les structures de projection.

Vous nous mettez dans une position extrêmement complexe. Comprenez-moi : nous sommes financés par le CNC depuis 1991 qui inclut ce dispositif dans ceux de l’éducation à l'image. Vous niez cette catégorisation. Nous avons aidé à la mise en place de structures et des pôles d’éducation à l’image en région, nous avons formé des jeunes, nous avons soutenu des films etc., et vous nous « réduisez » à de l’action sociale. La question est donc de savoir si le hors temps scolaire fait partie de ce que vous appelez « l’éducation à l’image » ?

Alain Auclaire

Je l’ai déjà dit : je n’ai pas traité tous les sujets, comme par exemple le hors temps scolaire. C’est peut-être injuste à votre égard, je m’en excuse, mais c’est ce qui explique que je ne suis pas allé au fond du travail de Passeurs d’Images que je trouve tout à fait remarquable. Je me suis focalisé sur le temps scolaire qui me parait être le problème le plus crucial dans le cadre du travail qui m’était demandé. Ne considérez donc pas mes raccourcis comme une attaque.
Réactions dans la salle


Xavier Blom

Je voudrais d’abord signaler que l’AFCAE n’est pas absente aujourd’hui. Ensuite, je voudrais réagir sur ce qui a été dit tout à l’heure sur le travail des exploitants. Dans l'exploitation art et essai, il y a en effet une grande diversité mais pas pour autant des oppositions. Il y a des salles qui travaillent plus que d’autres, mieux que d’autres – c’est vrai – et qui savent accueillir les réalisateurs.

Ce n'est pas parce que l’AFCAE n’est pas dans le Blac qu’elle est contre le Blac. Nous sommes bien entendu partie prenante des préoccupations qui sont exprimées ici. L’AFCAE se bat depuis plusieurs années dans l’intérêt collectif, la diversité et l’action culturelle. Si nous n'avons pas adhéré au Blac, c'est parce qu’à un moment, il nous a été proposé de signer un texte à la rédaction duquel nous n’avons pas été associés. Mais pour autant, nous n’avons jamais refusé de nous associer à la réflexion et aux actions initiées par le Blac.

Jocelyne Quelo

Certaines choses dites m’ont dérangé, par exemple cette façon de réduire la question du numérique à la numérisation. Il me semble que parler du numérique ce n’est pas simplement parler de tuyaux. Il s’agit d’un vrai champ culturel, qui concerne également l'éducation à l'image, dans la mesure où le numérique implique d’initier l’esprit critique sur un outil qui est particulièrement utilisé. Je pense également qu'à chaque fois qu'un œuvre est présentée, elle doit être contextualisée. On ne peut pas numériser complètement le patrimoine cinématogra-phique parce qu’il faut considérer la façon dont les œuvres ont été créées, la volonté des artistes.

Je veux aussi revenir sur la porosité des systèmes. Il y a une complémentarité des choses : un artiste ne vit pas sans un public, et une action culturelle ne vit pas sans artistes. Les choses entrent en complémentarité.

Michel Humbert

J’ai été un peu interloqué par les réactions autour du titre du rapport Auclaire. Pour ma part, ça ne me dérange pas du tout. Au XVIIIe siècle, les divertissements étaient appréciés. Aujourd'hui le divertissement ne semble plus considéré comme culturel.

Par ailleurs, je suis issu du corps enseignant, et ça fait vingt-cinq ans que je m'occupe de cinéma. Or, je me suis aperçu depuis quelque temps que, malheureusement, dans les locaux scolaires, les enseignants ne parlent plus de cinéma, en particulier dans le secondaire. Cela signifie que la relation entre l'enseignant et le cinéma a complètement changé. Et si on donne à choisir uniquement des films à utilisation pédagogique aux enseignants, je me demande ce qu'il en sera de la formation des jeunes spectateurs à qui on parlera contenu mais jamais de forme. Je ne dis pas que le catalogue existant n'est pas bon, mais, pour participer aux commissions départementales qui choisissent les films, je constate que les enseignants ont une fâcheuse habitude à aller chercher ce qui va les arranger en matière d'exploitation. Proposez-leur Rio Bravo et ils seront bien embêtés. Sur ce point, je rejoindrais Alain Auclaire : il y a de très bons films qui mériteraient de se trouver dans les catalogues.

Fabienne Hanclot

Je voudrais reparler de l'évaluation. Je remarque qu’aujourd'hui on nous dit que l'action culturelle est une priorité du CNC et du ministère de la Culture, et pourtant les outils d'évaluation qu'on nous impose sont des outils qui relèvent totalement du marché. A quoi bon doubler les chiffres si nous n'avons pas les moyens de former les enseignants ? L'évaluation de l’action culturelle me semble aussi très importante mais à l’inverse nous n’avons jamais su ce qui a motivé les moins 20 % de baisse de crédits. Nous n’avons jamais eu les critères d'évaluation. Je crois que nous sommes tous capables d'évaluer nos pratiques. Mais peut-être qu’une nouvelle proposition serait de s’interroger sur la façon dont nous allons nous y prendre pour évaluer la qualité. Arrêtons ces rapports chiffrés. On nous demande toujours plus de chiffres mais notre travail doit s'inscrire dans la durée.

Hélène Jimenez

Il faut être très attentif à tout ce qui a été évoqué par Jean-Pierre Daniel et Geneviève Troussier. Tous les problèmes qui se posent aujourd'hui sont éminemment politiques. Pour ce qui nous concerne, sur les années 2002/2003 et 2007/2008, nous sommes passés de 7 500 élèves inscrits au dispositif Lycéens et apprentis au cinéma à 35 500 élèves. Ceci n’a été rendu possible que parce qu’il y a eu une véritable politique culturelle de la part de la Région qui nous a donné les moyens de travailler. Et pourtant, nous avons augmenté les effectifs à catalogue constant.
Quel est le bon goût en matière de culture ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de choses déjantées ? Que voudrait dire présenter des choses décalées à un jeune public ? Pourquoi ne pas choquer les enseignants ? Voilà des questions que je voudrais bien que nous nous posions aussi.

Une enseignante d’une fédération d’éducation populaire

Arrêtons de dire que les enseignants ne parlent pas de cinéma, qu’ils ne pensent le cinéma qu’en fonction de leurs programmes ! Les enseignants, qui sont engagés dans l'action culturelle cinématographique, qui font vivre sur le terrain les dispositifs, se retrouvent de plus en plus en situation de désobéissance civile face à leur ministère ! Nos inspecteurs nous disent que l’important c’est savoir lire, écrire et compter… même au lycée ! Il faut comprendre ce qui se passe dans l'Education nationale. Je pense que l'éducation à l'image a un avenir qui passera nécessaire-ment par le hors temps scolaire. C’est là qu’elle se sauvera. Car aujourd'hui dans l'éducation nationale, avec les programmes que nous avons, c'est terminé.

Si cette personne se reconnaît, merci à elle de nous contacter : blac.collectif@gmail.com

Vincent Eblé

Si la France demeure une des toutes premières nations au monde en matière de production cinématographique, c'est sans nul doute dû au choix déjà ancien d'une politique nationale ambitieuse et désormais d'une intervention publique territoriale. Je suis très satisfait de voir les Départements engagés dans ces politiques. Pour continuer, il faut absolument que les conditions légales et réglementaires soient conservées. N’oublions pas que l'augmentation du tarif de Collège au cinéma, qui est passé de 2,30 à 2,50 euros, a été absorbée par les Départements. Le CNC, quant à lui, assume les augmentations du coût de tirage des copies et l’édition des documents pédagogiques. Le seul acteur politique qui ne prend pas en charge sa part, c'est l'Education nationale. Ce partenaire doit nécessairement entrer dans le débat, bien qu’il y ait aussi les problématiques du hors temps scolaire.

Alain Auclaire

Un mot bref : je suis très heureux que le rapport ait suscité des débats. Je souhaite qu’il serve à nourrir un processus de réflexion collective. Pour ma part, je suis à votre disposition pour parler de ses analyses et de ses conclusions.