C’est une association de loi 1901, née d’une volonté commune, organisée et soutenue par des bénévoles qui travaillent quotidiennement et durement comme tous ceux qui sont ici, et qui est financée par l’Etat, le Conseil général des Ardennes, le Conseil régional de Champagne-Ardenne et la ville de Charleville-Mézières.
Oui, mais avec tout ce que nous nous disons depuis hier, c'est-à-dire que nous ne sommes sûrs de rien. Nous ne sommes pas certains que le travail de terrain soit reconnu et nous ne voyons que très peu nos élus. Ils ne participent pas aux questions que nous nous posons quotidiennement sur le terrain et c’est ce qui nous manque le plus.
J’ai un parcours qui m’a fait connaître le théâtre public et la création dans les centres dramatiques nationaux, les scènes nationales. Dans les années 80, il y a eu un mouvement qui a commencé bien avant avec Vilar, Jeanne Laurent et d’autres qui se sont rassemblés pour impulser une politique. Je crois que si l’Etat se retire de cette impulsion-là, elle meurt. Si cette exception culturelle, qui fait notre orgueil français, est si vivante, c’est parce qu’il y a des gens sur le terrain et des gens au plus haut niveau qui en avaient pris la mesure. Il y a des grands commis de l’Etat qui ont été formidables, qui ont accompagné des artistes.
Des grands commis de l’Etat qui sont à l’écoute des artistes, j’en vois de moins en moins sur le terrain. Cela est effectivement très dommageable. Il y a des gens qui gèrent, mais qui n’ont pas d’idées.
La parole est de plus en plus administrative et sécuritaire et ce que nous faisions il y a vingt ans, nous ne pouvons plus le faire. Je trouve ça catastrophique. Le film Ebullition, que nous avons vu tout à l’heure est un moment de cinéma incroyable sur la métaphore du cinéma, sur la symbolique comme le disait Licia Eminenti. Qu’aujourd’hui, nous ne puissions plus ou pas produire dans les mêmes conditions, c’est fou ! Où allons-nous ?
Nous essayons de travailler avec d’autres associations qui ont les mêmes envies que nous pour organiser un circuit qui soit consacré au court métrage et pour accompagner les artistes. N’oublions jamais que c’est toujours fragile ; que ce soient les artistes de théâtre, de danse, de musique, ceux du cinéma, il faut les accompagner. J’imagine que tout le monde a essayé de voir le film de Jean-Xavier de Lestrade au mois de décembre. Je n’ai pas eu le temps de me retourner, en une semaine, il avait disparu de l’affiche. Il a travaillé trois ans ! Sur le terrain, nous essayons de nous battre pour que les films soient vus et pour informer le mieux possible et permettre ainsi que les jeunes, les adolescents, les enfants, les étudiants soient moins perdus.
Oui, cela fait partie des petites idées que nous avons, nous emmenons le cinéma dans un petit écrin sur les routes, dans les hameaux, dans les villages. Nous faisons aussi du cinéma en bétaillère ou en grange. Comme beaucoup ici, nous sommes plusieurs à croire en ce travail et à nous dire qu’il faut emmener les artistes avec nous.
Il y a beaucoup de gens qui sont très inquiets de voir cette vie qui file. À la campagne, les gens s’inquiètent de voir que de moins en moins de personnes habitent les villages, que les écoles et les services publics ferment. Notre mission de service public passe par le maillage des associations, les foyers ruraux, etc. Et même les fêtes locales, nous y allons, car tout d’un coup il y a une attention.
L’exigence artistique d’abord. Faire venir des créateurs, faire que les réalisateurs et réalisatrices soient le plus possible au contact du public, parce que le public en a besoin. Nous voyons bien que nous avons tous à y gagner. Il faut juste aller les chercher.
L’autre exigence serait que les élus et l’Etat ne perdent pas l’idée qu’ils ont une fonction de régulation. Il faut remettre les gens autour d’une table, cela est vraiment essentiel. Dans les années 1980, les DRAC nous réunissaient. Nous étions tous très disparates, mais tout cela a été unifié, parce que l’Etat a été fer de lance, l’Etat a aidé les artistes à s’organiser. Je ne dis pas que les années 80 étaient dorées, c’était même bordélique, mais au moins tout le monde était autour de la table. L’Etat mettait de l’argent et les élus suivaient.
Nous n’avons plus de réunion comme cela. Aujourd’hui, l’Etat met 1 euro et demande aux autres de mettre 300 euros, et en plus il n’y a pas d’idées.