dimanche 17 mai 2009


ETATS GENERAUX DE L'ACTION CULTURELLE
CINEMATOGRAPHIQUE ET AUDIOVISUELLE

Synthèse des échanges de la journée du 8 janvier 2009, veille des états généraux



Préambule
La veille de la journée officielle des Premiers états généraux de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle, nous, acteurs de terrain de l’action culturelle venus de la France entière, nous sommes retrouvés au Centquatre à Paris en comité restreint d’une centaine de personnes, pour partager nos différents constats, impressions, doutes et revendications afin de dresser ensemble un premier état des lieux du paysage de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle sur notre territoire.

Nous, créateurs, producteurs et exploitants – publics comme privés – mais également représentants du monde associatif (tels que les structures de diffusion et les réseaux de salles, les festivals, les coordinations de dispositifs scolaires et hors temps scolaires nationaux ou locaux, les médiathèques, les mouvements d’éducation populaire, les syndicats de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, etc.) nous sommes réunis pour exprimer notre identité commune, traduisant de facto la transversalité de ce que nous pouvons légitimement nommer la filière de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle.

D’une seule voix, à travers le Collectif national de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle (Blac), la filière de l’action culturelle a exposé, au cours de cet après-midi du 8 janvier 2009, l’esquisse d’un état des lieux et de ses propositions autour de quatre thèmes d’atelier :

• action culturelle cinématographique : le rôle des salles de cinéma ;

• enjeux citoyens de l’éducation à l’image ;

• filières professionnelles et renouvellement des talents ;

• le rapport Auclaire : analyse critique.


Introduction : pourquoi nous (en) sommes là

Un an après l’appel à mobilisation du Saint-André-des-Arts, les sombres perspectives qui s’annonçaient à l’aube de 2008 se sont vérifiées : l’Etat continue, progressivement, de se désengager du secteur culturel. Succédant à une première série de réactions face à la baisse des financements publics de l’action culturelle, ces états généraux marquent l’entrée dans une deuxième phase : il s’agit désormais de consolider le collectif, de faire émerger une parole unie et structurée des acteurs de terrain et de représenter une force de proposition dans le débat sur les politiques culturelles.

Le constat premier – primordial pourrions-nous dire – qui traverse et guide les échanges des quatre ateliers mis en place depuis janvier par le collectif, tel un fil d’Ariane, est l’absence néfaste d’une définition de l’action culturelle. En effet, l’action culturelle est un concept mal défini – peut-être tout simplement non défini – qui recouvre une telle multiplicité d’actions méconnues, sur un périmètre si étendu, qu’une fine appréhension de sa diversité et de ses spécificités nationales, régionales ou locales s’en trouve entravée. Dans la pratique, et par nature, l’action culturelle s’est développée localement. Hypothèse : cette méconnais-sance induit premièrement un défaut de prise en compte au niveau de leurs politiques culturelles respectives par l’Etat et par le CNC – Centre national de la cinématographie - ainsi que par de nombreuses collectivités. Deuxièmement, cette méconnaissance conduit l’Etat et le CNC à détourner peu à peu l’action culturelle de sa nature intrinsèque en y introduisant des notions marchandes et commerciales.

C’est donc à nous, artisans de l’action culturelle, qu’il revient de la définir, de lui donner un cadre, de faire ressortir ses finalités, de mettre en évidence son caractère transversal, d’en faire apparaître toute l’exigence et de contribuer à la doter des meilleurs outils pour sa mise en œuvre.



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Atelier
ACTION CULTURELLE CINEMATOGRAPHIQUE :
LE ROLE DES SALLES


L’objectif du premier atelier a consisté à nous interroger d’une part sur le rôle actuel et à venir de la salle de cinéma en tant que lieu privilégié de diffusion des œuvres cinématographiques dans l’action culturelle, d’autre part sur le soutien à cette action.

La salle de cinéma : un lieu à décloisonner

« Il faut élargir les murs, ouvrir les fenêtres… sinon nous allons crever. »

Cette injonction est unanimement partagée par tous les exploitants qui œuvrent à l’action culturelle. Besoin de développer d’autres expériences artistiques, d’ouvrir le lieu à d’autres contenus (jeux vidéo, internet, audiovisuel en général), de travailler avec de nouveaux outils (le numérique), de multiplier, comme dans certaines scènes nationales, des ateliers de création mêlant artistes d’horizons divers et techniciens professionnels, de proposer aux spectateurs de participer à la programmation de la salle… Voici, brossées en quelques mots, les différentes perspectives vers lesquelles il nous semble impérieux que l’exploitation s’oriente aujourd’hui.

Les pratiques culturelles ont effectivement changé. Rien de surprenant à cela, à une époque où le nombre de supports médiatiques s’est accru, où celui des contenus proposés a explosé. Erosion du désir de cinéma, de la curiosité cinéphilique ? Ce n’est pas à nous de le dire. En revanche, c’est un fait que les spectateurs ne se déplacent plus autant dans les salles sans la mise en place d’un accompagnement des œuvres. C’est pourquoi, plus que jamais, le travail partenarial entre la salle de cinéma et le réseau associatif local est essentiel.

Et si l’action culturelle des salles de cinéma, par manque d’un périmètre propre à la délimiter, était exposée aujourd’hui au risque d’une mise en concurrence aveugle ? Et si, demain, par défaut d’une volonté politique affirmée, l’action culturelle des salles était absorbée par le marché, la réduisant à un service dévolu au plus offrant ? Nous souhaitons attirer l’attention de nos représentants politiques sur cette tendance à la marchandisation de l’action culturelle. Si les dispositifs scolaires sont, eux, correctement encadrés, il n’en est pas de même pour d’autres actions menées par certaines salles en direction du jeune public ou d’autres spectateurs. Les multiplexes, dont toute action est liée au profit, commencent à investir le terrain. Soit, mais quel travail font-ils ou feront-ils ? Le même que le nôtre ? Il est urgent de poser des distinctions, de comprendre que les efforts déployés des deux côtés ne sont pas de même nature, que le marché n’est pas, seul, en mesure de satisfaire un service public. La définition de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle devra passer par une définition de l’accompagnement des œuvres.

Cependant, pour rendre cette définition effective et soutenir la collaboration entre les salles et les associations, l’exploitation a besoin de travailler sur la recherche de nouveaux publics, ce qui nécessite le maintien ou la création de postes de médiateurs qui entretiennent les liens de la salle avec l’extérieur. La politique culturelle à l’égard du spectacle vivant a répondu à ce besoin. Nous avons, nous aussi salles de cinéma, besoin que les collectivités territoriales incluent dans leur politique culturelle cinématographique une aide au financement de la médiation.

L’action culturelle des salles est mal évaluée

L’évaluation actuelle du travail des salles de cinéma serait-elle indexée, de manière sous-jacente, sur des notions de rentabilité et de résultats ? La question se pose… en tout cas au niveau de l’attribution des aides sélectives du compte de soutien par le CNC. En effet, nous soulevons les conséquences paradoxales du classement art et essai qui déclenche le système d’aides. Celui-ci s’établit principalement à partir d’un indice automatique qui correspond à la proportion de séances accordées à l’ensemble des films recommandés programmés, sans distinction entre les différents statuts des films et sans prise en considération des résultats de fréquentation effectués sur ces séances.

Ainsi, un film art et essai fragile, programmé sur de nombreuses séances, contribuera à faire classer une salle – même s’il n’a attiré que très peu de spectateurs, et qu’aucun travail d’accompagnement n’a été mené. Paradoxalement, ce même film, programmé une seule séance avec un réel travail d’accompagnement et un succès public, sera moins bien pris en compte par le classement. Paradoxalement toujours, c’est la program-mation d'un film art et essai porteur qui contribue le mieux au classement de la salle dans la mesure où il aura bénéficié de nombreuses séances.

Or, se contenter de diffuser des films recommandés, ce n’est pas faire de l’action culturelle. « Les aides à l’art et essai sont conçues pour récompenser une diffusion d’œuvres culturelles, et non pour récompenser un travail d’action culturelle. » L’action culturelle reste donc à la marge des questionnaires du CNC, évaluation qui mène à une uniformisation vers le bas dans le traitement du classement des salles de cinéma. Il est urgent de rappeler que non, toutes les salles, en l’occurrence classées, ne font pas le même travail. Que certaines projections organisées dans des granges, des cafés, des caravanes, etc. ont plus de succès qu’en salles de cinéma. La nature du travail doit être replacée dans son contexte local. De manière plus générale, ce traitement aveugle se retrouve à tous les niveaux : CNC, Etat, Régions et Départements – les municipalités quant à elles, plus proches des salles, font souvent le distinguo.

En outre, le versement de subventions à une salle de cinéma par les collectivités territoriales peut, dans le cadre de l’étude de son dossier par la commission nationale d’aide sélective à l’art et essai, jouer en sa défaveur.

Le raisonnement est alors le suivant : la commission de classement art et essai considère qu'il n'est pas nécessaire de reconnaître le travail au niveau de l'art et essai mené par une salle si elle est déjà subventionnée au titre de l’aménagement du territoire ou de la diffusion et de l’action culturelle. « Il y a des discours d’une telle violence contre l’utilisation de l’argent des collectivités locales que nous recevons, sans que jamais personne ne pense que nous n’utilisons pas cet argent pour faire ce que font les autres, mais pour faire autre chose. » Or, les objectifs nationaux pour « l’action culturelle » sont souvent différents des objectifs territoriaux.

Par ailleurs, si l’action culturelle menée autour des films recommandés est mal prise en compte, reste que l’immense champ formé par le secteur non-commercial, lui, n’est pas du tout pris en compte dans les dossiers d’aide sélective. Ce « véritable terrain d’expérimentation » a pourtant déjà été mis en relief dans le rapport de Michel Berthod sur l'exploitation cinématographique dite non commerciale début 2006. L’équation est simple : les recettes des œuvres diffusées dans le cadre du non-commercial ne sont pas assujetties à la TSA . Et le raisonnement corollaire : pas de remontées de recettes, donc pas de soutien. Dès lors, aux tenants du « toujours plus de films recommandés », nous pourrions répondre : oui, à condition de ne pas ouvrir davantage la liste des films recherche et découverte, jugée trop élitiste (ce qui est un faux débat), mais d’y inclure des films ignorés par le CNC : les films sans visa ou qui l’ont perdu. Dans le même ordre d’idées, la procédure de demande de visa temporaire, utile dans le cadre des festivals, mériterait d’être discutée.

Nous parlions plus haut d’égalité de traitement, encore faut-il qu’il y ait traitement tout court ! On ne souligne pas encore assez combien la salle de cinéma est victime de la non- reconnaissance de sa légitimité à intervenir dans l’action culturelle. Entendons-nous : il s’agit de sa légitimité au regard des politiques publiques en matière culturelle. Parce qu’elle est un agent économique à vocation commerciale sur un marché, comparée à d’autres lieux la salle de cinéma est discriminée par les pouvoirs publics.

Mais, au-delà de la question de la salle, c’est le cinéma lui-même, parce qu’il est un art « bâtard », plus populaire et plus commercial que d’autres, tirant derrière lui toute une industrie, qui ne jouit pas du même prestige que les autres arts dans les politiques culturelles.

Perspectives : améliorer le financement de l’action culturelle

« Le compte de soutien nous pénalise dans notre désir d’ouvrir à d’autres formes d’expression, à d’autres formes artistiques. »

En effet, aujourd’hui la réglementation a fini par nous contraindre, par restreindre nos marges de manœuvre. Elle ne remplit plus correctement son rôle d’accompagnement, d’encouragement aux nouvelles tentatives. C’est-à-dire que nous sommes passés d’une logique de soutien à une logique d’incitation, ce qui n’est pas la même chose. Nous prônons donc tous ensemble la rénovation du compte de soutien. Cette rénovation passera entre autre nécessairement par une révision du classement art et essai, aux critères trop larges.


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Atelier
ENJEUX CITOYENS DE L’EDUCATION ARTISTIQUE


« L’éducation à l’image » forme l’un des grands piliers de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle. Temps scolaire et hors temps scolaire, en salle et hors salle, il nous paraissait évident et nécessaire de faire le point au milieu de la tempête.

« Nous ne voulons pas d’une éducation à l’image »

Ce titre aux accents provocateurs indique une position ferme à laquelle nous croyons : l’art – et son corollaire, l’expérience esthétique – est à replacer au cœur du débat. Dans un premier temps, nous préférons substituer « éducation artistique » à « éducation à l’image », expression qui connote trop la perspective de transmission d’un savoir, d’un savoir-lire les images. Or, cette approche peut laisser sous-entendre que nous formerions les jeunes spectateurs à apprendre à décoder des messages, à parler le langage des images ! Enseignerions-nous la communi-cation malgré nous ? Ce n’est pas ce dont il s’agit dans l’action culturelle. Nous sommes plutôt dans le partage d’une expérience sensible. Le terme même d’éducation pose lui aussi problème. La relation qui se crée dans l’action culturelle n’est pas une relation de maître à élève.

Toutefois, il est difficile de faire accepter cette conception aux élus. Au cours de nos échanges avec eux, les partenaires institutionnels font la sourde oreille lorsque nous leur demandons d’élaborer une politique en faveur de l’éducation artistique. « L’artistique » fait peur, le champ de l’art est trop abstrait pour eux pour qu’ils consentent à le placer au centre de leur intervention. « Quand nous sommes face à [eux], se pose le problème de la définition de « l’artistique » qui est un grand creuset qui ne veut absolument rien dire. L’expression « éducation à l’image » a permis, notamment dans les établissements scolaires, d’identifier précisément de quoi il s’agissait. Si je dis à mes partenaires que je fais de l’éducation artistique, ils ne me comprennent pas ou font semblant de ne pas me comprendre. »

Nous dénonçons toute forme de normalisation

Faire partager l’expérience esthétique, c’est également apprendre aux spectateurs à « tout voir » ou à voir de tout, mais en discutant collectivement pour que chacun puisse exercer son jugement critique. Or, cette liberté est aujourd’hui menacée par la censure des contenus – les interdictions, les restrictions – qui aboutit à un phénomène « d’encéphalogramme / électrocardiogramme plat (cerveau ou cœur…) ». Plus de surprises, de questionnements, mais un morne nivellement. Depuis l’observatoire de la liberté de création de La ligue des droits de l’homme, un représentant nous livre son examen : « La protection des enfants devient prétexte à un accroissement évident d’un certain nombre de censures en général, dans le cinéma comme dans d’autres formes d’expression artistique […] et conduit à poser des interdictions, moins de 18 ans ou totales, ce qui revient de fait à infantiliser les adultes. »

La censure à l’œuvre : un membre de la commission nationale de Collège au cinéma nous rapporte que les représentants du ministère de l’Education nationale n’hésitent pas à opposer leur veto à la sélection d’un film pour le catalogue sous prétexte que le thème du film – en l’occurrence le rôle de l’argent dans nos sociétés – risque de provoquer de l’agitation en salle puis en classe. Trop dangereux, est-il invoqué. Pour autant, la qualité artistique du film n’est pas remise en question, bien au contraire. Dès lors, le risque qui pèse sur nos chères têtes blondes ne serait-il pas la normalisation du « bien-pensant » dans les programmes ?

Enfin, nous nous opposons à toutes les dérives dans la constitution et la mise à jour des catalogues des dispositifs scolaires. Les propositions d’œuvres cinémato-graphiques pour les catalogues ne doivent pas être élaborées selon une logique de l’offre répondant à une demande (en l’occurrence celle des enseignants ou encore la demande présupposée des jeunes). « Dans l’aventure d’Ecole et cinéma, ce ne sont pas les enseignants qui choisissent les films, ce sont les programmateurs, les coordinateurs, qui proposent les films, organisent des prévisionnements et décident à la fin de ce qui sera projeté. La mécanique, et en particulier dans Collège au cinéma, qui voudrait que la programmation soit faite par tous les partenaires, nie le fait que programmer représente un geste artistique. » Le choix des films ne doit pas être retiré des mains des personnes qualifiées…

L’éducation artistique est sous-financée

La ministre de la Culture et de la communication a annoncé un objectif de doublement des effectifs des trois dispositifs scolaires : Ecole et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma. Au delà des questions que cela pose tant pour les salles que pour les collectivités territoriales, l’Etat va-t-il se donner les moyens financiers à la hauteur de son ambition ? En tant que projets interministériels, les dispositifs scolaires d’éducation à l’image souffrent de la difficulté récurrente qu’ont toujours eue le ministère de la Culture et de la communication et celui de l’Education nationale à travailler ensemble. Il est temps de souligner que cette situation résulte notamment du manque injustifié d’intervention financière de l’Education nationale.

Les actions menées en milieu scolaire, notamment dans le cadre des « options cinéma des lycées », sont insuffisamment financées. Les enseignants sont de plus en plus invités, voire incités, à rester dans la classe et à en sortir le moins souvent possible. Leurs marges de manœuvre et d’initiative sont réduites, dans un contexte de respect de plus en plus strict du programme et de resserrement sur les savoirs fondamentaux. Par ailleurs, en guise de réponse aux objectifs de démocratisation de la culture, le tarif des séances scolaires a été plafonné à 2,50 euros maximum, ces dernières années, et ce, sans que l’Education nationale ne participe systématiquement en contrepartie. Si les collectivités territoriales retiraient demain leur contribution (notamment compensation du prix des places, ou prise en charge du transport des élèves), les établissements scolaires et les salles de cinéma seraient mis en difficulté. Les salles seraient alors obligées de « faire du remplissage » au détriment de la qualité d’accueil des groupes. Serait-ce véritablement répondre à la mission d’éducation artistique ? La réponse est non.

Mais la question du sous-financement ne touche pas seulement les dispositifs scolaires, elle concerne l’action culturelle tous azimuts, et l’éducation artistique en particulier.

S’agissant du hors temps scolaire, les mouvements d’éducation populaire se sentent progressivement contraints de se soumettre à la « norme » dictée par l’Education nationale. Au niveau territorial, les collectivités développent la mise en place d’appels d’offre pour l’éducation à l’image en direction de prestataires privés. Le problème est la conception qu’ils se font du service à proposer : « Pour les élus, l’action culturelle n’est pas d’aller chercher de nouveaux publics mais de passer tel film à 3 euros pour favoriser l’accès à la culture. » Logique quantitative de l’élargissement du public contre logique qualitative de la construction d’un regard. En outre, les associations d’éducation populaire regrettent le déficit d’offre de formation dans les domaines cinématographique et audiovisuel. « Il y a très peu de BEATEP1 consacrés au cinéma, pourquoi n’ont-ils pas été développés ? Je crois qu’il y en a même moins qu’avant […] d’autant plus qu’avec les nouveaux enjeux de l’Education nationale, il y a un risque que nous, les mouvements d’éducation populaire, soyons dépossédés de l’éducation artistique, des artistes et de l’intervention des partenaires culturels. »

Soulignons toutefois, pour terminer sur une note optimiste, que pour la première fois le développement de l’éducation artistique figurait en tête de liste des points à développer dans les lettres de mission du ministère de l’Education nationale et du ministère de la Culture et de la communication en 2007.


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Atelier
FILIERE PROFESSIONNELLE
ET RENOUVELLEMENT DES TALENTS

La problématique de ce troisième atelier était de mettre en valeur l’effet d’irrigation de l’action culturelle sur l’amont de la filière cinématographique et audiovisuelle : effet en terme de soutien et d’accompagnement au renouvellement des créateurs.

Le rôle du monde associatif dans la vie d’un film est primordial

« Un distributeur va souvent se limiter à demander au réalisateur de se déplacer. Si un producteur, un comédien ou un chef-opérateur donnent envie au public de venir dans une salle, il ne faut pas hésiter à les convier. »

Les réalisateurs et les producteurs ont le désir de partager leur travail avec les spectateurs, d’être conviés dans les lieux de diffusion. Il est rassurant pour eux de savoir que les réseaux associatifs existent au niveau local. Une productrice explique : « Ce qui m’intéresse dans ces déplacements, et surtout dans des milieux ruraux où il y a un travail qui se met en place, est de savoir qu’il y a un réseau, un maillage entre les associations, entre les élus, les communes, les commissions qui nous ont soutenus. C’est très important pour nous. Nous sommes heureux de participer à cela. » L’intérêt des déplacements pour les producteurs et les créateurs, au-delà de l’importance de l’accompagnement de leurs films, réside également dans la possibilité de sensibiliser les publics au travail de fabrication en amont, pour que le lien entre l’économique et l’artistique ne soit pas oublié : « Quand un producteur ou un distributeur vient parler de son métier, le public se rend compte que l’œuvre n’est pas quelque chose de dématérialisé comme un téléchargement sur internet, mais qu’au contraire il y a des gens derrière qui travaillent et que la chaîne économique est importante. »

Que serait devenu Cédric Klapisch sans l’accompagnement de ses premiers courts métrages ? Klapisch, comme de nombreux autres, est un cinéaste présent aujourd’hui sur le marché qui est issu de l’action culturelle. Cette émergence de cinéastes importants est dûe à l’énorme travail mené dans un premier temps sur le court métrage, travail de recherche des films et d’exposition des œuvres à travers les réseaux de l’action culturelle : l’Agence du court métrage, Carrefour des festivals, Sauve qui peut le court métrage, etc., regroupés au sein du ROC – Regroupement des organisations du court métrage. Pour l’exemple, l’Agence du court métrage perçoit 600.000 euros chaque année pour la location des copies, argent qui est ensuite redistribué aux réalisateurs et aux producteurs.

« Il faut imaginer une révolution systémique de nos moyens de travail sur les œuvres, replacer les films au centre de nos projets de diffusion et mobiliser de nouveaux modes de coopération. Pourquoi aujourd’hui les courts métrages sont-ils diffusés et rencontrent-ils plus de public ? Premièrement, parce qu’ils bénéficient de tout un réseau qui va des festivals et des associations de programmation jusqu’aux salles art et essai qui peuvent avoir accès aux films rapidement. Deuxièmement, tous ces lieux peuvent avoir accès aux films tout au long de la vie du film, au gré du désir d’un certain nombre de passeurs d’images de montrer ces films-là. »

L’accès au financement de l’accompagnement des œuvres est difficile

Problème majeur et crucial : il n’y a pas d’argent, pas assez de remontées de recettes pour rémunérer le travail des réalisateurs et des producteurs. Les réalisateurs qui accompagnent leur film, quelquefois pendant six mois de tournée dans les salles, ne sont, bien souvent, pas payés pour ce travail d’action culturelle sur l’ensemble du territoire. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’ils perdent leurs droits à l’indemnisation chômage puisqu’ils renoncent à un travail de création pendant toute cette période. Les salles, au premier chef, rémunèrent rarement ce travail, faute de moyens et parfois simplement faute de prise de conscience : « Les salles ne sont pas toujours conscientes de la chaîne économique et de leur responsabilité vis-à-vis d’elle. Nous sommes tous pris dans cette logique de chiffres : bien sûr que nous y sommes contraints par les tutelles mais pas toujours ! C’est une pression psychologique intériorisée. »

Les structures associatives qui travaillent hors salle de cinéma, quant à elles, pâtissent de leur statut lorsqu’elles s’investissent dans la diffusion. Au niveau territorial leurs actions ne sont en effet parfois pas reconnues comme faisant partie intégrante des politiques de diffusion et d’action culturelle cinématographique. On considère que ce travail mené en dehors des salles ne relève pas du cinéma.

Un témoignage synthétise ce paradoxe :
« Je travaille en milieu rural où depuis cinq ans nous projetons des films en vidéo dans toutes sortes d’endroits : des salles des fêtes, des granges, des prés, etc. Nous passons des films d’auteur, des films documentaires et nous invitons des réalisateurs. Nous faisons souvent « salle » pleine. Les spectateurs viennent de quarante kilomètres à la ronde. Nous créons des ambiances très particulières, avec une scénographie adaptée au contexte et au film, avec des rencontres et beaucoup de dialogue… Or, nous avons commencé à être vraiment considérés en terme de « cinéma » dans notre région, à partir du moment où nous avons travaillé dans un cinéma, une vraie ”salle avec des fauteuils”. Cette reconnaissance est liée à l’entrée dans la salle, mais pas vraiment au travail que nous menons depuis des années. »

Nous nous dressons contre cette conception que la réglementation tend à confirmer et selon laquelle il y aurait au moins deux types d’action culturelle cinématographique et audiovisuelle : l’action en salle et l’action hors salle. Cette séparation est un danger contre lequel nous devons revendiquer une unité dans la conception de l’action culturelle : démontrer qu’au-delà de ces disparités spécifiques, nous nous retrouvons sur des finalités communes. Nous, qui travaillons aussi bien dans les salles de cinéma que dans les médiathèques, les maisons de la culture, les MJC , les prisons, les hôpitaux, les salles des fêtes etc…, faisons le même travail !

Les distributeurs doivent prendre leur part dans la mise en œuvre de l’action culturelle

Le Collectif de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle appelle à ce que soient mobilisés tous les agents de notre filière, et en particulier les distributeurs, qui sont peu présents aujourd’hui… La solidarité verticale mérite d’être renforcée dans l’intérêt de tout un chacun. La majorité des distributeurs dépensent aujourd’hui des sommes astronomiques dans les frais de promotion, victimes eux aussi de l’inflation des coûts (mais n’hésitant pas à se renflouer sur les tarifications forfaitaires abusives pratiquées notamment auprès des ciné-clubs !). Ne faudrait-il pas arbitrer autrement les budgets de sortie ? Pourquoi ne pas envisager un pot commun entre producteurs, distributeurs et exploitants pour financer l’action culturelle autour des œuvres ? N’y a-t-il pas du gaspillage à dépenser tant d’argent dans la publicité dont les effets sont incertains ?

« La distribution, qui souvent ne croit pas aux réseaux, ne propose pas les outils pour communiquer avec les spectateurs au-delà des affiches. La plupart n’ont pas cette veine associative. Ils croient juste au fait qu’il faut faire le truc commercial classique : les affiches, la bande annonce, etc. De toute façon, selon la grande mythologie du poker des gens du cinéma, il y en a un sur dix qui passera et chacun espère que ce sera le sien. On attend, on a peur, c’est mercredi soir, et manque de chance neuf fois sur dix le miracle n’arrive pas ! »

Nous invitons donc les distributeurs à nous rejoindre plus massivement.


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Atelier
LE RAPPORT AUCLAIRE
ANALYSE CRITIQUE

C’était une évidence, le collectif se devait de réagir dans les plus brefs délais au premier rapport dont l’objet d’étude principal est l’action culturelle. Réactions à chaud, donc, sur le constat et les propositions.

cf. aussi l'intervention d'Alain Auclaire le lendemain, 9 janvier, et les réactions qu'elle a suscitées le lendemain lors de la deuxième table ronde.

Rappel de la genèse du rapport

Un état des lieux de l'action culturelle – cinématographique, audiovisuelle et multimédia – couplé à une étude des conditions d'une meilleure complémentarité des actions menées dans les champs de la diffusion, de l'aménagement du territoire et de l'éducation à l'image, a été commandité à Alain Auclaire, début 2008. Cette commande faisait suite à la mobilisation sans précédent au Saint-André-des-Arts du collectif dont l’ampleur et la grande représentativité d’une filière extrêmement hétérogène avait considérablement surpris le ministère de la Culture et de la communication.

Peu de temps après la publication du rapport d’Alain Auclaire en novembre 2008, le ministère s’est manifesté auprès du Blac pour annoncer que le document servirait de base de dialogue avec les acteurs de l’action culturelle.

Après en avoir décortiqué en long et en large les quatre-vingt pages (plus les annexes), nous sommes parvenus à un constat partagé : nous pensons que le rapport souffre d’une « schizophrénie » entre son diagnostic et ses propositions.

Un diagnostic en demi-teinte

Il faut commencer par souligner certains partis pris intéressants et courageux du travail réalisé, audace dont font rarement preuve la plupart des rapports de même type. Les constats que nous partageons concernent la reconnaissance :
  • du désengagement de l’Etat dans la culture à un moment précis : l’année 2008 ;
  • de la rupture de confiance entre les acteurs de terrain, le ministère, le CNC et les collectivités territoriales ;
  • d’un certain mépris à l’égard du travail des acteurs de terrain, voire de celui des collectivités territoriales ;
  • du fait que la grande diversité des acteurs de terrain ne nuit pas au bon déroulement des actions menées, mais, au contraire, produit des résultats très satisfaisants.

Néanmoins, le diagnostic n’est pas exempt de défauts. Au contraire, il est truffé d’inexactitudes, voire même de contresens. A titre d’exemples, nous avons relevé :
  • l’absence de perspective globale de l’action culturelle cinématographique, audiovisuelle et multimédia, la non prise en compte de la transversalité inhérente à l’action culturelle ;
  • l’absence de mention de tout un pan des acteurs qui font l’action culturelle : les médiathèques, les vidéothèques, les ECM , les mouvements d’éducation populaire etc., etc., réduisant la question de l’action culturelle aux salles et aux festivals, et la non-identification de toute une partie du travail de diffusion et d’accompagnement des structures précitées (notamment sur le secteur non-commercial) ;
  • l’oubli assez choquant du partenaire Education nationale, pourtant incontournable, dans l’évocation des dispositifs scolaires ;
  • l’accusation d’« élitisme » des catalogues des dispositifs d’éducation à l’image qui justifierait une méfiance des enseignants vis-à-vis des dispositifs ;
  • l’éviction du champ de « l’éducation à l’image » des actions menées par des animateurs et des professionnels sous prétexte qu’il n’y a pas d’enseignants associés ;
  • la focalisation sur l’évaluation quantitative de l’action culturelle, selon une logique purement comptable, et donc la survalorisation du seul critère de la fréquentation au détriment de l’évaluation qualitative des actions menées ;
  • l’évocation trop rapide de la question brûlante du bénévolat, qui n’est pas considérée comme une priorité alors même que le cinéma, l’audiovisuel et l’expérimental sont tous concernés par ce sujet ;
  • la stigmatisation du non-renouvellement des catalogues des ciné-clubs et la priorité qu’accor-deraient les ciné-clubs au 16 mm, ce qui expliquerait leur désertion (ce qui est absolument faux !)

Par ailleurs, nous aurions aimé que soit pointé dans ce rapport le déficit de transparence dans la méthode de redistribution des crédits déconcentrés suite aux baisses en 2008. Pour illustrer notre revendication, rappelons que « récemment, le Blac a envoyé une lettre aux différents directeurs régionaux des affaires culturelles pour connaître l’évaluation des baisses de crédits sur 2008 et savoir comment les affectations ont été réalisées. Il y a aujourd’hui, si je ne me trompe, trois DRAC – Directions régionales des affaires culturelles, sur les vingt-deux, qui ont répondu au Blac ! »

De manière générale, nous désirons que l’évaluation soit rééquilibrée au profit du qualitatif. Nous serons, dans cette perspective, force de proposition : « Nous, structures de l’action culturelle, nous avons à concevoir des outils d’évaluation qui contiennent des critères qualitatifs objectifs de l’accompagnement des films. »

Des propositions « stupéfiantes »

Hormis les vœux pieux, au caractère général, nous nous inscrivons unanimement en faux vis-à-vis de l’essentiel des propositions du rapport Auclaire. À titre d’exemples, soulignons quelques propositions et analyses qui nous ont paru aberrantes :
  • la mise en ligne de tous les documents pédagogiques des dispositifs scolaires notamment dans la perspective du doublement des effectifs ;
  • la suppression des fédérations de ciné-clubs et leur transformation en agences de conseil ;
  • la volonté d’un « toujours plus de films » qui se traduirait par l’ouverture de la recommandation « recherche » et l’élargissement des catalogues des dispositifs scolaires sous prétexte qu’il n’y aurait pas encore assez d’enfants touchés par les dispositifs ;
  • la multiplication des appels d’offre pour ouvrir sans filet le champ de l’éducation à l’image à des prestataires privés. A ce sujet, les structures qui prennent en charge Passeurs d’images sont déjà, dans plusieurs endroits, mises en concurrence ;
  • l’évolution de l’ADRC – Agence pour le développement régional du cinéma – vers des missions de diffusion et de coordination des dispositifs d’éducation à l’image.

Nous dénonçons la conception néolibérale qui sous-tend un certain nombre de ces propositions, notamment dans la mise en concurrence des opérateurs pour les dispositifs d’éducation à l’image et dans l’ouverture des catalogues de films pour que les enseignants puissent y piocher en fonction de leur connaissance du titre du film ou de l’adéquation avec leur discipline.

Qui plus est, il nous semble que le fondement même des trois dispositifs scolaires est nié par le rapport, en menacent ce qui en fait à nos yeux la philosophie, c’est-à-dire le « choix » par des commissions compétentes d’œuvres cinématographiques, et la mise en œuvre de méthodes d’accompagnements pédagogiques appropriées (notamment des documents spécifiques, réfléchis, conçus, réalisés et donnés aux enseignants et aux élèves, pour chaque film visionné).

Nous refusons une conception qui nous réduirait à n’être plus que « les prescripteurs d’une offre culturelle élargie ».



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Ce quatrième atelier fut suivi d’un long échange sur l’engagement des uns et des autres, l’avenir de la mobilisation et du mouvement, ainsi que son organisation future.




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