samedi 16 mai 2009

Aline Pailler

Je vais donner la parole à Vincent Paul-Boncour parce qu’avec Bodega et Carlotta films, vous touchez aussi bien aux films de patrimoine, qui sont réédités, qui sont montrés et accompagnés, qu’au secteur de la jeune création. Vous êtres distributeur, comment vous situez-vous dans ce mouvement, dans ces enjeux de l’action culturelle ?

Vincent Paul-Boncour

En étant distributeur, nous accompagnons les films en nous appuyant sur des relais qui sont très nombreux en France. Nous avons cette chance, il y a les festivals, les salles art et essai, différents lieux, etc. Nous avons la chance, en tant que distributeur, de pouvoir travailler à la fois sur des films de patrimoine qui ont façonné de manière importante l’histoire du cinéma, tout en ayant une passerelle avec le cinéma d’aujourd’hui en révélant des jeunes réalisateurs avec des premiers ou seconds films.

Il y a un fort engagement des distributeurs indépendants à vouloir diffuser, montrer des œuvres de différents pays, de différentes nationalités avec des enjeux cinématogra-phiques, culturels, politiques. Nous nous faisons écho et relais. Nous pouvons avoir les plus beaux films du monde, il faut des lieux, des moyens, des personnes qui s’impliquent pour être des relais supplémentaires auprès du public. Sinon nous allons garder le film pour nous-mêmes. Le but du jeu est de faire découvrir les films à différentes générations de spectateurs, il faut donc des relais : l’exploitation classique, mais aussi en amont des festivals dont l’importance est cruciale – et sera de plus en plus importante.

Aline Pailler

Vous avez cité les salles indépendantes ou autres. Or, il y a de salles indépendantes menacées. Si nous laissons aller les choses, qu’est-ce que cela va menacer ?

Vincent Paul-Boncour

Il faut préserver la création et la diversité. Nous travaillons essentiellement avec les salles indépendantes car le profil des films et des spectateurs que nous touchons se trouvent dans ces salles. C’est un travail commun qui doit se faire entre ces salles et les distributeurs. Ces maillages-là permettent à la diversité de perdurer et surtout de faire découvrir les cinéastes de demain, il faut penser à Woody Allen ou Pedro Almodóvar.

Je voudrais encore rajouter que lorsque que j’ai créé ma première société il y a dix ans, tout le monde me disait que le cinéma était mort et surtout que faire des films de patrimoine était une folie, qu’il y avait la télévision, le DVD et maintenant Internet ou la VOD. J’ai l’impression qu’il y a toujours un intérêt fort des spectateurs, des cinéphiles, qu’on a jamais autant parlé de cinéma. Et au cœur de cela, la spécificité de la France d’avoir tous ces lieux et cette diversité de films.