Intervention de Philippe Etienne
Intervention de Philippe Etienne

samedi 16 mai 2009

Philippe Lefait

Philippe Etienne, le festival de Gindou, qu'est-ce?

Philippe Etienne

Gindou est une association qui s'est développée en milieu rural, même sub-rural. Nous sommes dans un village de 200 habitants, à 25 kilomètres de la première gare et qui a été déserté des services publics. Cette association est née de la volonté de gens de montrer un cinéma différent. Elle est née d’un désir de cinéma et a été soutenue par une personne de la DRAC qui y a cru. Un tour de table a permis de finir de convaincre les élus locaux et les collectivités territoriales d'apporter leur contribution.

Aujourd'hui, c'est le contraire, la DRAC n'a plus de crédits CNC déconcentrés et se retrouve sur le reculoir et les élus sont embêtés car les baisses sont généralisées dans tous les domaines. Alors certains élus nous soutiennent toujours, mais nous savons que les enveloppes ne sont pas extensibles. La DRAC Midi-Pyrénées s’est retirée de la plupart des manifestations de spectacles vivants. Sur la dizaine de festivals de cinéma, il n’y en a plus que trois aidés : un aidé directement par le CNC et deux aidés par un système compliqué, un peu par-ci, un peu par-là, puisqu’il n’y a plus de ligne dédiée au cinéma. Les conventions sont devenues compliquées. C’est aussi très difficile pour un conseiller cinéma en DRAC de faire son boulot.

Philippe Lefait

Quel est votre public et quelle est sa demande?

Philippe Etienne

Gindou est un festival devenu une association de diffusion cinématographique, et aujourd’hui premier employeur du village avec huit personnes. Le salariat a pu être développé sur l'année. C’était un argument par rapport aux politiques. Aujourd’hui, nous injectons de l’argent. Le Conseil général du Lot nous octroie 66.000 euros, ce qui est beaucoup. La somme totale des factures que notre association paie à des fournisseurs lotois se montaient à 200.000 euros en 2004. Il y a donc une plus-value économique.

Ce qui nous motive vraiment est de montrer les films d’Albert Serra, de Nicolas Philibert, de Gilles Porte à un public très diversifié et très populaire. Il y a des jeunes, des gens plus âgés, des gens qui sont attirés par une programmation différente. Ce qui est important dans un festival de cinéma, ce sont les films et la façon de les présenter au public. Et à Gindou, nous aimons cela.

Philippe Lefait

Quelle est l’épée de Damoclès qui pèse actuellement sur votre tête?

Philippe Etienne

Nous en avons plusieurs. D'abord en 2008 une baisse de subvention de la DRAC sur les ateliers d'écriture de 2.000 euros, ce chiffre n’est pas énorme – même s’il reste assez important pour nous. En revanche, pour pallier les difficultés de l’aménagement du territoire, nous bénéficions jusqu'à présent d’un abattement des charges patronales comme nous étions en Zone de revitalisation rurale. Or, un récent amendement l’a supprimé, ce qui se traduit par une augmentation de ces charges de 13.000 euros. Pour le moment c’est progressif, mais en 2010 il est prévu une augmentation des charges patronales de 30.000 euros. Nous essayons de faire face, faire preuve d’imagination, car il n’y a pas beaucoup d'espoir d’augmentation de la part de la DRAC ou des collectivités.

Nous avons aussi une subvention de l’ACSE, puisque nous avons des activités de lutte contre les discriminations à partir du cinéma (nous venons de finir un tournage dans le quartier du Mirail à Toulouse). Et je rejoins tout à fait Jean-Pierre Thorn, les gens dans ce quartier sont venus nous voir, ils nous ont accueillis. Alors que la police ou France 3 n’y vont plus dans ce quartier (sauf en cas de troubles)… mais nous avions fait un travail d’un an avant de tourner. Quant à la subvention de l’ACSE, elle est passée devant celle de la DRAC. Il faut dire qu’il y a des gens motivés dans cette structure, même si sa dissolution est annoncée. Nous nous sentons vraiment gardés à vue.