Intervention de Nicolas Mey
Intervention de Nicolas Mey

samedi 16 mai 2009





9 janvier 2009

LA SALLE ET LES FESTIVALS
LA DIFFUSION COMME ENGAGEMENT



Philippe Lefait


Nicolas Mey, êtes-vous une espèce en voie de disparition ?

Nicolas Mey

Non, nous sommes plutôt une espèce en voie de progression. Ils veulent faire de vous, de nous, une espèce en voie de disparition, mais nous allons renverser la situation et faire de ces gens-là une espèce en voie de disparition. Contrairement à ce que disent ces énarques en voie de disparition, une salle comme celle de Morlaix ouverte depuis 1981 attire beaucoup de monde, malgré les problèmes de concurrence de la télévision et du piratage.

Philippe Lefait

Quel genre de clientèle, de public avez-vous?

Nicolas Mey

La clientèle, je ne sais pas, mais en ce qui concerne le public, il est très varié, très large.

Philippe Lefait

Quels sont vos modes de financement et votre programmation?

Nicolas Mey

L’idée est que nous avons envie de diffuser des films qui, sans nous, ne seraient pas projetés. A Morlaix, il n’y a qu’un cinéma commercial qui ne projette quasiment que les blockbusters. Sans nous, tout un pan de cinéma serait oublié et les gens ne le verraient pas. Quant au travail, il ne suffit pas de mettre dix séances de tel ou tel film. Aujourd’hui, nous avons besoin de l’accompagner. Cela se fait par un travail de rencontres avec le public, de discussions et d’organisation d'animations.

Concernant les baisses de financement de l'Etat, cela ne nous touche pas directement parce que nous n'avons pas d'aide de l'Etat, mise à part la subvention art et essai. Ce qui nous permet de faire toutes ces animations, nous nous en rendons bien compte lors des bilans, ce sont les réseaux et leur soutien, que ce soit l’ACID, l'ACOR ou encore le réseau Cinéphare du Finistère. Cela nous permet de mettre en place une circulation de films de patrimoine, de faire venir des cinéastes comme Bertrand Bonello, etc. Avec un public qui s’élargit de plus en plus, nous sentons bien que le travail de sensibilisation est efficace. Alors que de nombreux discours nous disent souvent que ce cinéma n’intéresse pas le public, nous nous apercevons qu'à force de montrer des films très diversifiés aussi bien le dernier Woody Allen, que Honor de cavalleria, Serbis, En avant jeunesse ou La Question humaine, le public s'ouvre petit à petit.

Philippe Lefait

C'est donc une question d'offre et pas de demande?

Nicolas Mey

L'offre alimente la demande, c'est à nous aussi de nous en convaincre. Évidemment qu'il n'y a pas autant de monde pour La Question humaine que pour Indigènes, mais c’est là l’importance de ces réseaux. Cinéphare et l’ACOR nous aident. En nous mettant tous en réseau, nous parvenons à toucher tous les publics, et petit à petit à renverser cette logique de programmer seulement ce que les gens (soi-disant) veulent voir, comme le disent les programmateurs de la télévision. C'est nous qui choisissons ce que nous allons apporter au public et pas le contraire.