Reactions dans la salle (Rapport Auclaire)
Reactions dans la salle (Rapport Auclaire)

samedi 16 mai 2009

Réactions dans la salle


Xavier Blom

Je voudrais d’abord signaler que l’AFCAE n’est pas absente aujourd’hui. Ensuite, je voudrais réagir sur ce qui a été dit tout à l’heure sur le travail des exploitants. Dans l'exploitation art et essai, il y a en effet une grande diversité mais pas pour autant des oppositions. Il y a des salles qui travaillent plus que d’autres, mieux que d’autres – c’est vrai – et qui savent accueillir les réalisateurs.

Ce n'est pas parce que l’AFCAE n’est pas dans le Blac qu’elle est contre le Blac. Nous sommes bien entendu partie prenante des préoccupations qui sont exprimées ici. L’AFCAE se bat depuis plusieurs années dans l’intérêt collectif, la diversité et l’action culturelle. Si nous n'avons pas adhéré au Blac, c'est parce qu’à un moment, il nous a été proposé de signer un texte à la rédaction duquel nous n’avons pas été associés. Mais pour autant, nous n’avons jamais refusé de nous associer à la réflexion et aux actions initiées par le Blac.

Jocelyne Quelo

Certaines choses dites m’ont dérangé, par exemple cette façon de réduire la question du numérique à la numérisation. Il me semble que parler du numérique ce n’est pas simplement parler de tuyaux. Il s’agit d’un vrai champ culturel, qui concerne également l'éducation à l'image, dans la mesure où le numérique implique d’initier l’esprit critique sur un outil qui est particulièrement utilisé. Je pense également qu'à chaque fois qu'un œuvre est présentée, elle doit être contextualisée. On ne peut pas numériser complètement le patrimoine cinématogra-phique parce qu’il faut considérer la façon dont les œuvres ont été créées, la volonté des artistes.

Je veux aussi revenir sur la porosité des systèmes. Il y a une complémentarité des choses : un artiste ne vit pas sans un public, et une action culturelle ne vit pas sans artistes. Les choses entrent en complémentarité.

Michel Humbert

J’ai été un peu interloqué par les réactions autour du titre du rapport Auclaire. Pour ma part, ça ne me dérange pas du tout. Au XVIIIe siècle, les divertissements étaient appréciés. Aujourd'hui le divertissement ne semble plus considéré comme culturel.

Par ailleurs, je suis issu du corps enseignant, et ça fait vingt-cinq ans que je m'occupe de cinéma. Or, je me suis aperçu depuis quelque temps que, malheureusement, dans les locaux scolaires, les enseignants ne parlent plus de cinéma, en particulier dans le secondaire. Cela signifie que la relation entre l'enseignant et le cinéma a complètement changé. Et si on donne à choisir uniquement des films à utilisation pédagogique aux enseignants, je me demande ce qu'il en sera de la formation des jeunes spectateurs à qui on parlera contenu mais jamais de forme. Je ne dis pas que le catalogue existant n'est pas bon, mais, pour participer aux commissions départementales qui choisissent les films, je constate que les enseignants ont une fâcheuse habitude à aller chercher ce qui va les arranger en matière d'exploitation. Proposez-leur Rio Bravo et ils seront bien embêtés. Sur ce point, je rejoindrais Alain Auclaire : il y a de très bons films qui mériteraient de se trouver dans les catalogues.

Fabienne Hanclot

Je voudrais reparler de l'évaluation. Je remarque qu’aujourd'hui on nous dit que l'action culturelle est une priorité du CNC et du ministère de la Culture, et pourtant les outils d'évaluation qu'on nous impose sont des outils qui relèvent totalement du marché. A quoi bon doubler les chiffres si nous n'avons pas les moyens de former les enseignants ? L'évaluation de l’action culturelle me semble aussi très importante mais à l’inverse nous n’avons jamais su ce qui a motivé les moins 20 % de baisse de crédits. Nous n’avons jamais eu les critères d'évaluation. Je crois que nous sommes tous capables d'évaluer nos pratiques. Mais peut-être qu’une nouvelle proposition serait de s’interroger sur la façon dont nous allons nous y prendre pour évaluer la qualité. Arrêtons ces rapports chiffrés. On nous demande toujours plus de chiffres mais notre travail doit s'inscrire dans la durée.

Hélène Jimenez

Il faut être très attentif à tout ce qui a été évoqué par Jean-Pierre Daniel et Geneviève Troussier. Tous les problèmes qui se posent aujourd'hui sont éminemment politiques. Pour ce qui nous concerne, sur les années 2002/2003 et 2007/2008, nous sommes passés de 7 500 élèves inscrits au dispositif Lycéens et apprentis au cinéma à 35 500 élèves. Ceci n’a été rendu possible que parce qu’il y a eu une véritable politique culturelle de la part de la Région qui nous a donné les moyens de travailler. Et pourtant, nous avons augmenté les effectifs à catalogue constant.
Quel est le bon goût en matière de culture ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de choses déjantées ? Que voudrait dire présenter des choses décalées à un jeune public ? Pourquoi ne pas choquer les enseignants ? Voilà des questions que je voudrais bien que nous nous posions aussi.

Une enseignante d’une fédération d’éducation populaire

Arrêtons de dire que les enseignants ne parlent pas de cinéma, qu’ils ne pensent le cinéma qu’en fonction de leurs programmes ! Les enseignants, qui sont engagés dans l'action culturelle cinématographique, qui font vivre sur le terrain les dispositifs, se retrouvent de plus en plus en situation de désobéissance civile face à leur ministère ! Nos inspecteurs nous disent que l’important c’est savoir lire, écrire et compter… même au lycée ! Il faut comprendre ce qui se passe dans l'Education nationale. Je pense que l'éducation à l'image a un avenir qui passera nécessaire-ment par le hors temps scolaire. C’est là qu’elle se sauvera. Car aujourd'hui dans l'éducation nationale, avec les programmes que nous avons, c'est terminé.

Si cette personne se reconnaît, merci à elle de nous contacter : blac.collectif@gmail.com

Vincent Eblé

Si la France demeure une des toutes premières nations au monde en matière de production cinématographique, c'est sans nul doute dû au choix déjà ancien d'une politique nationale ambitieuse et désormais d'une intervention publique territoriale. Je suis très satisfait de voir les Départements engagés dans ces politiques. Pour continuer, il faut absolument que les conditions légales et réglementaires soient conservées. N’oublions pas que l'augmentation du tarif de Collège au cinéma, qui est passé de 2,30 à 2,50 euros, a été absorbée par les Départements. Le CNC, quant à lui, assume les augmentations du coût de tirage des copies et l’édition des documents pédagogiques. Le seul acteur politique qui ne prend pas en charge sa part, c'est l'Education nationale. Ce partenaire doit nécessairement entrer dans le débat, bien qu’il y ait aussi les problématiques du hors temps scolaire.

Alain Auclaire

Un mot bref : je suis très heureux que le rapport ait suscité des débats. Je souhaite qu’il serve à nourrir un processus de réflexion collective. Pour ma part, je suis à votre disposition pour parler de ses analyses et de ses conclusions.