samedi 16 mai 2009

Aline Pailler

Il me semble qu’il y a un paradoxe entre les difficultés qu’engendrent la défense et l’accompagnement des films et cette volonté et envie que les réalisateurs y mettent. Solveig Anspach, vous êtes aussi cinéaste, comment vous situez-vous ?

Solveig Anspach

J’avais envie de continuer sur ce que disait Eric Guirado. Cet accompagnement est devenu une partie très importante de notre travail. Nous passons des semaines entières dans des trains, dans des avions. Je suis toujours partante car il y a des rencontres magnifiques avec des gens formidables : des directeurs de salles, par exemple, qui ont un vrai lien avec leur public et qui se bagarrent toute l’année. Et j’aime rencontrer des gens et entendre ce qu’ils ont à dire sur nos films.

Mais parfois, j’en ai assez. A mon dernier déplacement en province, j’ai fais garder ma fille, huit heures de train en seconde, ça a l’air de rien, mais on ne peut pas brancher son ordinateur, nous arrivons dans un village où tout est fermé, nous sommes logés près de la gare, je ne dors pas, et enfin, nous arrivons dans une salle où la personne qui vous a invité n’est pas présente (elle est ailleurs avec un réalisateur plus connu…). Pour continuer, nous nous retrouvons à manger avec huit personnes dont certaines sont intéressantes, mais il faut alimenter la conversation, et c’est fatigant. Au cours de la rencontre, il a à peine 25 personnes dans une salle de 300, nous commençons le débat et les premiers qui parlent sont les plus énervés et vous agressent. J’ai l’idée de faire un guide du routard pour le cinéaste. Juste pour dire que quand un réalisateur vient, gratuitement, et en ayant fait tout ce déplacement, il faut un peu s’en occuper. Nous n’en parlons pas assez. Et le problème principal est que pendant ce temps nous ne pouvons pas travailler.

Aline Pailler

Cela pose la question de la rémunération, on ne le sait pas que vous faites cela gratuitement.

Solveig Anspach

Pour que cela puisse continuer, il faut en parler parce que j’ai l’impression que nous n’en parlons pas. Ce n’est pas forcement la question d’être payé, mais notre venue doit être préparée. Par exemple, je suis allé dans un endroit, j’étais la seule des cinéastes à être venue, d’autres s’étaient décommandés et sur le programme, il n’y avait même pas un résumé de mon film. Comment les gens vont-ils venir sans savoir de quoi cela parle ?

Anne Durupty

Nous sommes bien conscients des difficultés du statut de l’auteur et des difficultés à vivre dans les périodes d’écriture et d’accompagnement des films, c’est l’un des principaux sujets de réflexion du Club du 13. Les solutions ne sont pas évidentes. Mais nous essayons d’en mettre en place. Par exemple, nous avons créé de nouvelles aides pour l’écriture de la première œuvre, nous avons aussi créé de nouvelles aides pour tous les nouveaux supports comme internet, etc. Il y a aussi ces problèmes de rémunération en amont et en aval des films et j'espère qu'à la fin des travaux du Club des 13 des améliorations vont être apportées.

Gilles Sacuto

Quand nous avons la chance que des films durent sur la longueur et qu'ils plaisent aux gens et qu'ils sont demandés, bizarrement ça pose des problèmes aux réalisateurs et aux salles qui voudraient garder le film, car les nouveaux films ne peuvent pas passer. Quand nous avons la chance d'être en treizième ou quatorzième semaine, on ne sait plus quoi faire de vous, le système n’est pas fait pour cela. Cela pose beaucoup de problèmes au réalisateur.