8 janvier 2008 : 4e atelier
8 janvier 2008 : 4e atelier

dimanche 17 mai 2009

Atelier
LE RAPPORT AUCLAIRE
ANALYSE CRITIQUE

C’était une évidence, le collectif se devait de réagir dans les plus brefs délais au premier rapport dont l’objet d’étude principal est l’action culturelle. Réactions à chaud, donc, sur le constat et les propositions.

cf. aussi l'intervention d'Alain Auclaire le lendemain, 9 janvier, et les réactions qu'elle a suscitées le lendemain lors de la deuxième table ronde.

Rappel de la genèse du rapport

Un état des lieux de l'action culturelle – cinématographique, audiovisuelle et multimédia – couplé à une étude des conditions d'une meilleure complémentarité des actions menées dans les champs de la diffusion, de l'aménagement du territoire et de l'éducation à l'image, a été commandité à Alain Auclaire, début 2008. Cette commande faisait suite à la mobilisation sans précédent au Saint-André-des-Arts du collectif dont l’ampleur et la grande représentativité d’une filière extrêmement hétérogène avait considérablement surpris le ministère de la Culture et de la communication.

Peu de temps après la publication du rapport d’Alain Auclaire en novembre 2008, le ministère s’est manifesté auprès du Blac pour annoncer que le document servirait de base de dialogue avec les acteurs de l’action culturelle.

Après en avoir décortiqué en long et en large les quatre-vingt pages (plus les annexes), nous sommes parvenus à un constat partagé : nous pensons que le rapport souffre d’une « schizophrénie » entre son diagnostic et ses propositions.

Un diagnostic en demi-teinte

Il faut commencer par souligner certains partis pris intéressants et courageux du travail réalisé, audace dont font rarement preuve la plupart des rapports de même type. Les constats que nous partageons concernent la reconnaissance :
  • du désengagement de l’Etat dans la culture à un moment précis : l’année 2008 ;
  • de la rupture de confiance entre les acteurs de terrain, le ministère, le CNC et les collectivités territoriales ;
  • d’un certain mépris à l’égard du travail des acteurs de terrain, voire de celui des collectivités territoriales ;
  • du fait que la grande diversité des acteurs de terrain ne nuit pas au bon déroulement des actions menées, mais, au contraire, produit des résultats très satisfaisants.

Néanmoins, le diagnostic n’est pas exempt de défauts. Au contraire, il est truffé d’inexactitudes, voire même de contresens. A titre d’exemples, nous avons relevé :
  • l’absence de perspective globale de l’action culturelle cinématographique, audiovisuelle et multimédia, la non prise en compte de la transversalité inhérente à l’action culturelle ;
  • l’absence de mention de tout un pan des acteurs qui font l’action culturelle : les médiathèques, les vidéothèques, les ECM , les mouvements d’éducation populaire etc., etc., réduisant la question de l’action culturelle aux salles et aux festivals, et la non-identification de toute une partie du travail de diffusion et d’accompagnement des structures précitées (notamment sur le secteur non-commercial) ;
  • l’oubli assez choquant du partenaire Education nationale, pourtant incontournable, dans l’évocation des dispositifs scolaires ;
  • l’accusation d’« élitisme » des catalogues des dispositifs d’éducation à l’image qui justifierait une méfiance des enseignants vis-à-vis des dispositifs ;
  • l’éviction du champ de « l’éducation à l’image » des actions menées par des animateurs et des professionnels sous prétexte qu’il n’y a pas d’enseignants associés ;
  • la focalisation sur l’évaluation quantitative de l’action culturelle, selon une logique purement comptable, et donc la survalorisation du seul critère de la fréquentation au détriment de l’évaluation qualitative des actions menées ;
  • l’évocation trop rapide de la question brûlante du bénévolat, qui n’est pas considérée comme une priorité alors même que le cinéma, l’audiovisuel et l’expérimental sont tous concernés par ce sujet ;
  • la stigmatisation du non-renouvellement des catalogues des ciné-clubs et la priorité qu’accor-deraient les ciné-clubs au 16 mm, ce qui expliquerait leur désertion (ce qui est absolument faux !)

Par ailleurs, nous aurions aimé que soit pointé dans ce rapport le déficit de transparence dans la méthode de redistribution des crédits déconcentrés suite aux baisses en 2008. Pour illustrer notre revendication, rappelons que « récemment, le Blac a envoyé une lettre aux différents directeurs régionaux des affaires culturelles pour connaître l’évaluation des baisses de crédits sur 2008 et savoir comment les affectations ont été réalisées. Il y a aujourd’hui, si je ne me trompe, trois DRAC – Directions régionales des affaires culturelles, sur les vingt-deux, qui ont répondu au Blac ! »

De manière générale, nous désirons que l’évaluation soit rééquilibrée au profit du qualitatif. Nous serons, dans cette perspective, force de proposition : « Nous, structures de l’action culturelle, nous avons à concevoir des outils d’évaluation qui contiennent des critères qualitatifs objectifs de l’accompagnement des films. »

Des propositions « stupéfiantes »

Hormis les vœux pieux, au caractère général, nous nous inscrivons unanimement en faux vis-à-vis de l’essentiel des propositions du rapport Auclaire. À titre d’exemples, soulignons quelques propositions et analyses qui nous ont paru aberrantes :
  • la mise en ligne de tous les documents pédagogiques des dispositifs scolaires notamment dans la perspective du doublement des effectifs ;
  • la suppression des fédérations de ciné-clubs et leur transformation en agences de conseil ;
  • la volonté d’un « toujours plus de films » qui se traduirait par l’ouverture de la recommandation « recherche » et l’élargissement des catalogues des dispositifs scolaires sous prétexte qu’il n’y aurait pas encore assez d’enfants touchés par les dispositifs ;
  • la multiplication des appels d’offre pour ouvrir sans filet le champ de l’éducation à l’image à des prestataires privés. A ce sujet, les structures qui prennent en charge Passeurs d’images sont déjà, dans plusieurs endroits, mises en concurrence ;
  • l’évolution de l’ADRC – Agence pour le développement régional du cinéma – vers des missions de diffusion et de coordination des dispositifs d’éducation à l’image.

Nous dénonçons la conception néolibérale qui sous-tend un certain nombre de ces propositions, notamment dans la mise en concurrence des opérateurs pour les dispositifs d’éducation à l’image et dans l’ouverture des catalogues de films pour que les enseignants puissent y piocher en fonction de leur connaissance du titre du film ou de l’adéquation avec leur discipline.

Qui plus est, il nous semble que le fondement même des trois dispositifs scolaires est nié par le rapport, en menacent ce qui en fait à nos yeux la philosophie, c’est-à-dire le « choix » par des commissions compétentes d’œuvres cinématographiques, et la mise en œuvre de méthodes d’accompagnements pédagogiques appropriées (notamment des documents spécifiques, réfléchis, conçus, réalisés et donnés aux enseignants et aux élèves, pour chaque film visionné).

Nous refusons une conception qui nous réduirait à n’être plus que « les prescripteurs d’une offre culturelle élargie ».



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Ce quatrième atelier fut suivi d’un long échange sur l’engagement des uns et des autres, l’avenir de la mobilisation et du mouvement, ainsi que son organisation future.




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