8 janvier 2008 : 1e atelier
8 janvier 2008 : 1e atelier

dimanche 17 mai 2009

Atelier
ACTION CULTURELLE CINEMATOGRAPHIQUE :
LE ROLE DES SALLES


L’objectif du premier atelier a consisté à nous interroger d’une part sur le rôle actuel et à venir de la salle de cinéma en tant que lieu privilégié de diffusion des œuvres cinématographiques dans l’action culturelle, d’autre part sur le soutien à cette action.

La salle de cinéma : un lieu à décloisonner

« Il faut élargir les murs, ouvrir les fenêtres… sinon nous allons crever. »

Cette injonction est unanimement partagée par tous les exploitants qui œuvrent à l’action culturelle. Besoin de développer d’autres expériences artistiques, d’ouvrir le lieu à d’autres contenus (jeux vidéo, internet, audiovisuel en général), de travailler avec de nouveaux outils (le numérique), de multiplier, comme dans certaines scènes nationales, des ateliers de création mêlant artistes d’horizons divers et techniciens professionnels, de proposer aux spectateurs de participer à la programmation de la salle… Voici, brossées en quelques mots, les différentes perspectives vers lesquelles il nous semble impérieux que l’exploitation s’oriente aujourd’hui.

Les pratiques culturelles ont effectivement changé. Rien de surprenant à cela, à une époque où le nombre de supports médiatiques s’est accru, où celui des contenus proposés a explosé. Erosion du désir de cinéma, de la curiosité cinéphilique ? Ce n’est pas à nous de le dire. En revanche, c’est un fait que les spectateurs ne se déplacent plus autant dans les salles sans la mise en place d’un accompagnement des œuvres. C’est pourquoi, plus que jamais, le travail partenarial entre la salle de cinéma et le réseau associatif local est essentiel.

Et si l’action culturelle des salles de cinéma, par manque d’un périmètre propre à la délimiter, était exposée aujourd’hui au risque d’une mise en concurrence aveugle ? Et si, demain, par défaut d’une volonté politique affirmée, l’action culturelle des salles était absorbée par le marché, la réduisant à un service dévolu au plus offrant ? Nous souhaitons attirer l’attention de nos représentants politiques sur cette tendance à la marchandisation de l’action culturelle. Si les dispositifs scolaires sont, eux, correctement encadrés, il n’en est pas de même pour d’autres actions menées par certaines salles en direction du jeune public ou d’autres spectateurs. Les multiplexes, dont toute action est liée au profit, commencent à investir le terrain. Soit, mais quel travail font-ils ou feront-ils ? Le même que le nôtre ? Il est urgent de poser des distinctions, de comprendre que les efforts déployés des deux côtés ne sont pas de même nature, que le marché n’est pas, seul, en mesure de satisfaire un service public. La définition de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle devra passer par une définition de l’accompagnement des œuvres.

Cependant, pour rendre cette définition effective et soutenir la collaboration entre les salles et les associations, l’exploitation a besoin de travailler sur la recherche de nouveaux publics, ce qui nécessite le maintien ou la création de postes de médiateurs qui entretiennent les liens de la salle avec l’extérieur. La politique culturelle à l’égard du spectacle vivant a répondu à ce besoin. Nous avons, nous aussi salles de cinéma, besoin que les collectivités territoriales incluent dans leur politique culturelle cinématographique une aide au financement de la médiation.

L’action culturelle des salles est mal évaluée

L’évaluation actuelle du travail des salles de cinéma serait-elle indexée, de manière sous-jacente, sur des notions de rentabilité et de résultats ? La question se pose… en tout cas au niveau de l’attribution des aides sélectives du compte de soutien par le CNC. En effet, nous soulevons les conséquences paradoxales du classement art et essai qui déclenche le système d’aides. Celui-ci s’établit principalement à partir d’un indice automatique qui correspond à la proportion de séances accordées à l’ensemble des films recommandés programmés, sans distinction entre les différents statuts des films et sans prise en considération des résultats de fréquentation effectués sur ces séances.

Ainsi, un film art et essai fragile, programmé sur de nombreuses séances, contribuera à faire classer une salle – même s’il n’a attiré que très peu de spectateurs, et qu’aucun travail d’accompagnement n’a été mené. Paradoxalement, ce même film, programmé une seule séance avec un réel travail d’accompagnement et un succès public, sera moins bien pris en compte par le classement. Paradoxalement toujours, c’est la program-mation d'un film art et essai porteur qui contribue le mieux au classement de la salle dans la mesure où il aura bénéficié de nombreuses séances.

Or, se contenter de diffuser des films recommandés, ce n’est pas faire de l’action culturelle. « Les aides à l’art et essai sont conçues pour récompenser une diffusion d’œuvres culturelles, et non pour récompenser un travail d’action culturelle. » L’action culturelle reste donc à la marge des questionnaires du CNC, évaluation qui mène à une uniformisation vers le bas dans le traitement du classement des salles de cinéma. Il est urgent de rappeler que non, toutes les salles, en l’occurrence classées, ne font pas le même travail. Que certaines projections organisées dans des granges, des cafés, des caravanes, etc. ont plus de succès qu’en salles de cinéma. La nature du travail doit être replacée dans son contexte local. De manière plus générale, ce traitement aveugle se retrouve à tous les niveaux : CNC, Etat, Régions et Départements – les municipalités quant à elles, plus proches des salles, font souvent le distinguo.

En outre, le versement de subventions à une salle de cinéma par les collectivités territoriales peut, dans le cadre de l’étude de son dossier par la commission nationale d’aide sélective à l’art et essai, jouer en sa défaveur.

Le raisonnement est alors le suivant : la commission de classement art et essai considère qu'il n'est pas nécessaire de reconnaître le travail au niveau de l'art et essai mené par une salle si elle est déjà subventionnée au titre de l’aménagement du territoire ou de la diffusion et de l’action culturelle. « Il y a des discours d’une telle violence contre l’utilisation de l’argent des collectivités locales que nous recevons, sans que jamais personne ne pense que nous n’utilisons pas cet argent pour faire ce que font les autres, mais pour faire autre chose. » Or, les objectifs nationaux pour « l’action culturelle » sont souvent différents des objectifs territoriaux.

Par ailleurs, si l’action culturelle menée autour des films recommandés est mal prise en compte, reste que l’immense champ formé par le secteur non-commercial, lui, n’est pas du tout pris en compte dans les dossiers d’aide sélective. Ce « véritable terrain d’expérimentation » a pourtant déjà été mis en relief dans le rapport de Michel Berthod sur l'exploitation cinématographique dite non commerciale début 2006. L’équation est simple : les recettes des œuvres diffusées dans le cadre du non-commercial ne sont pas assujetties à la TSA . Et le raisonnement corollaire : pas de remontées de recettes, donc pas de soutien. Dès lors, aux tenants du « toujours plus de films recommandés », nous pourrions répondre : oui, à condition de ne pas ouvrir davantage la liste des films recherche et découverte, jugée trop élitiste (ce qui est un faux débat), mais d’y inclure des films ignorés par le CNC : les films sans visa ou qui l’ont perdu. Dans le même ordre d’idées, la procédure de demande de visa temporaire, utile dans le cadre des festivals, mériterait d’être discutée.

Nous parlions plus haut d’égalité de traitement, encore faut-il qu’il y ait traitement tout court ! On ne souligne pas encore assez combien la salle de cinéma est victime de la non- reconnaissance de sa légitimité à intervenir dans l’action culturelle. Entendons-nous : il s’agit de sa légitimité au regard des politiques publiques en matière culturelle. Parce qu’elle est un agent économique à vocation commerciale sur un marché, comparée à d’autres lieux la salle de cinéma est discriminée par les pouvoirs publics.

Mais, au-delà de la question de la salle, c’est le cinéma lui-même, parce qu’il est un art « bâtard », plus populaire et plus commercial que d’autres, tirant derrière lui toute une industrie, qui ne jouit pas du même prestige que les autres arts dans les politiques culturelles.

Perspectives : améliorer le financement de l’action culturelle

« Le compte de soutien nous pénalise dans notre désir d’ouvrir à d’autres formes d’expression, à d’autres formes artistiques. »

En effet, aujourd’hui la réglementation a fini par nous contraindre, par restreindre nos marges de manœuvre. Elle ne remplit plus correctement son rôle d’accompagnement, d’encouragement aux nouvelles tentatives. C’est-à-dire que nous sommes passés d’une logique de soutien à une logique d’incitation, ce qui n’est pas la même chose. Nous prônons donc tous ensemble la rénovation du compte de soutien. Cette rénovation passera entre autre nécessairement par une révision du classement art et essai, aux critères trop larges.


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